En 2026, la dette privée récompensera davantage la discipline que la taille, les marchés les moins desservis offrant les opportunités les plus résilientes.
Par Kirsten Bode, Co-Responsable Private Debt Pan Europe

Alors que l’économie mondiale devient de plus en plus fragmentée, les perspectives pour la dette privée en 2026 sont moins influencées par les prévisions de reprise cyclique que par les forces structurelles, les changements réglementaires et l’évolution du comportement des investisseurs. En Europe, aux États-Unis et en Asie-Pacifique, les opportunités sont de plus en plus différenciées, les rendements étant de plus en plus déterminés par la sélectivité, la discipline en matière de souscription et la capacité à naviguer dans un environnement complexe.
En Europe, notre scénario de base table sur un environnement macroéconomique globalement stable plutôt que sur une reprise brutale. La persistance des risques géopolitiques, la croissance inégale et l’incertitude persistante devraient limiter la reprise cyclique. La situation est similaire aux États-Unis: si certains secteurs restent résilients, la hausse des taux d’intérêt et l’incertitude politique continuent d’influencer les décisions des entreprises et l’allocation des capitaux. En Asie-Pacifique, les perspectives sont encore plus fragmentées, reflétant des trajectoires de croissance divergentes, des chaînes d’approvisionnement en mutation et un réalignement structurel du commerce mondial plutôt qu’un cycle économique unique.
Le marché intermédiaire inférieur devrait continuer à afficher des résultats solides
Dans ce contexte, les rendements du crédit privé dépendent de plus en plus de la mise en œuvre. La capacité à évaluer les risques de baisse, à structurer les transactions de manière prudente et à gérer la complexité entre les juridictions et les structures de capital devient plus importante que le simple fait de déployer efficacement le capital. Les priorités des investisseurs convergent également vers la résilience et la préservation du capital. Dans toutes les régions, nous constatons une importance croissante accordée à l’exposition senior sécurisée, aux revenus prévisibles, à la diversification et à la gestion de la liquidité, la maximisation du rendement passant de plus en plus au second plan derrière la protection contre les baisses.
Ces préférences ont des implications importantes pour les gestionnaires de crédit privés. La pression concurrentielle reste intense, en particulier dans les segments à forte capitalisation où les normes en matière de tarification, d’endettement et de documentation continuent d’être remises en question. Si ces pressions sont moins vives sur le marché intermédiaire inférieur, il reste essentiel de maintenir une discipline de souscription. Les indicateurs de défaut restent globalement stables en l’absence de choc macroéconomique majeur, mais à mesure que les portefeuilles arrivent à échéance, le nombre absolu de restructurations devrait augmenter. Cela met davantage l’accent sur la surveillance active des portefeuilles, l’expertise en matière de restructuration et une compréhension approfondie des activités sous-jacentes. Dans ce contexte, nous pensons que le marché intermédiaire inférieur, avec ses structures de capital plus simples, ses clauses restrictives plus solides et son effet de levier plus prudent, devrait continuer à afficher des résultats plus résilients.
L’une des tendances les plus marquantes qui façonnent le crédit privé est la concentration continue des capitaux entre les mains des plus grands gestionnaires. En Europe et aux États-Unis, la levée de fonds a de plus en plus favorisé l’échelle, poussant les capitaux vers des transactions sur le marché principal et le marché intermédiaire supérieur, où leur déploiement est plus efficace. Cela a intensifié la concurrence et comprimé les rendements dans ces segments. En revanche, le marché intermédiaire et le marché intermédiaire inférieur restent relativement sous-exploités. La taille réduite des transactions, la dynamique locale et la complexité de l’exécution constituent des barrières naturelles à l’entrée en Europe, tandis qu’aux États-Unis, les capitaux continuent de graviter autour des transactions plus importantes et standardisées. En Asie-Pacifique, la fragmentation juridique, la complexité des opérations transfrontalières et les modèles commerciaux non standard limitent encore davantage la concurrence. Dans toutes les régions, cette dynamique permet aux prêteurs opérant dans des segments sous-desservis de conserver une plus grande influence sur les prix, l’effet de levier et la structure.
Discipline et flexibilité géographique
Le comportement des banques reste une autre source durable d’opportunités. En Europe, les contraintes réglementaires imposées par les accords de Bâle continuent de limiter les bilans des banques, créant ainsi des opportunités pour le crédit privé par le biais de structures de prêt directes et parallèles. Aux États-Unis, les banques prêtent de plus en plus aux prêteurs par le biais du financement de fonds, tout en s’orientant vers des modèles d’origination et de partage qui permettent de conserver les relations avec les clients tout en répartissant les risques. En Asie-Pacifique, les banques nationales restent actives, tandis que les banques mondiales se concentrent sur l’optimisation du capital en prévision de Bâle IV, créant ainsi des lacunes où le crédit privé peut servir de source complémentaire de capital plutôt que de remplacement direct.
À l’avenir, le crédit privé reste un ensemble d’opportunités intéressantes, mais qui sont de plus en plus définies par les compétences plutôt que par l’échelle. Le succès en 2026 dépendra probablement d’une souscription rigoureuse, d’une flexibilité géographique et de la capacité à fournir des capitaux bien structurés là où les solutions de financement traditionnelles sont insuffisantes, tout en préservant la protection contre les baisses tout au long du cycle.
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