Alors que les tensions mondiales et le différend autour du Groenland ont dominé la thématique du dernier Forum économique mondial de Davos, les cryptomonnaies ont malgré tout réussi à occuper une place importante dans les débats politiques et monétaires de l'événement. Dans son discours, le président américain Donald Trump a notamment réaffirmé son objectif de faire des États-Unis la «capitale mondiale de la crypto» et a laissé entendre qu'une nouvelle législation serait bientôt adoptée.

Pour la Maison-Blanche, la régulation est désormais un outil géopolitique dans la compétition mondiale. À l’inverse, les représentants de la Banque centrale européenne ont mis en garde contre l’érosion de la souveraineté monétaire. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a salué la tokénisation et les stablecoins comme des infrastructures financières modernes, mais a tracé une ligne rouge claire face à la «monnaie privée». La monnaie doit rester indissociable de la souveraineté de l’État, a-t-il argumenté, s’opposant directement à la vision de nombreux entrepreneurs du secteur crypto. Ces tensions se sont cristallisées lors d’un débat réunissant le gouverneur de la Banque de France et Brian Armstrong, PDG de Coinbase. Ce dernier a décrit le Bitcoin comme un équivalent moderne de l’étalon-or et une force disciplinante contre l’endettement public. Villeroy de Galhau a rétorqué que la confiance dans la monnaie doit émaner d’institutions démocratiquement légitimes. Les deux camps ont évoqué une «compétition», mais avec des visions d’un ordre économique fondamentalement opposées.

Les signaux d’avertissement macroéconomiques se sont également intensifiés. Le gestionnaire de hedge funds Ray Dalio évoque une érosion rampante de l’ordre monétaire mondial. L’or a en effet surperformé les actions technologiques en 2025, signe d’une instabilité grandissante. Les menaces commerciales de Trump et la trêve tarifaire accordée à l’Europe ont souligné à quel point les décisions géopolitiques, le sentiment de marché et les prix des cryptomonnaies sont étroitement liés.

Même au sein de l’industrie, aucun récit unifié n’a émergé durant le WEF. Alors que les représentants de Binance discutaient de la tokénisation d’actifs gouvernementaux comme prochaine étape et laissaient entrevoir un possible retour sur le marché américain, Jeremy Allaire, PDG de Circle, a balayé les craintes de bank runs provoqués par les stablecoins à rendement, notant que ces derniers sont devenus un enjeu politique au-delà d’un simple sujet technique.

Davos 2026 a confirmé que les cryptomonnaies ne sont plus un sujet marginal, mais bien au cœur des débats monétaires et géopolitiques. On n’y oppose plus tant «ancien» et «nouveau» monde, mais on parle de contrôle institutionnel et de souveraineté. La question de savoir si le Bitcoin reste un contre-modèle ou s’il est devenu, comme le craignent certains détracteurs, partie prenante du même cycle macroéconomique sera probablement l’une des questions majeures du marché en 2026.

Le Bitcoin toujours dans les limbes

Les grands portefeuilles Bitcoin et les véhicules institutionnels ont considérablement accru leurs réserves de BTC en 2025. Selon CryptoQuant, environ 577’000 BTC ont été accumulés en douze mois par des wallets détenant entre 100 et 1’000 BTC, soit une hausse d’environ 33% depuis l’introduction des ETF Bitcoin spot.

En 2026, les ETF américains ont déjà enregistré des entrées nettes d’environ $1.2 milliards. Parallèlement, les entreprises cotées en Bourse ont étendu leurs réserves : selon Glassnode, quelque 260’000 BTC ont été ajoutés depuis juillet, portant leurs avoirs à plus de 1.1 millions de BTC.

Cependant, cette demande structurelle évolue dans un environnement de marché fragile. Les données on-chain montrent que les détenteurs de Bitcoin réalisent des pertes nettes sur une période de 30 jours pour la première fois depuis fin 2023. L’indicateur de profit/perte réalisé est passé en territoire négatif, un schéma qui a souvent marqué des phases de transition dans les cycles précédents. Les analystes relèvent que des zones de coût de base critiques se concentrent en dessous de $90’000, la fourchette $80’000 – $84’000 étant considérée comme un support clé.

Les analystes de marché décrivent une phase précoce de stress. CryptoQuant souligne un déclin de la dynamique de profit depuis 2024, tandis que Bitwise a noté une divergence entre la faible performance des prix et la croissance des fondamentaux au quatrième trimestre 2025, un phénomène historiquement associé à la fois à des phases de creux et à des consolidations prolongées. Dans le même temps, l’activité des stablecoins, le volume du réseau et l’utilisation de la DeFi ont atteint de nouveaux sommets, indiquant une adoption structurelle malgré des tendances de prix plus faibles.

Les observateurs mettent en garde contre des interprétations unilatérales. Luke Gromen a souligné que les acheteurs institutionnels, sans catalyseurs macroéconomiques ou réglementaires clairs, auront du mal à propulser de nouveaux records. Les conflits commerciaux, les risques de récession ou les ventes forcées par les entreprises pourraient exercer une pression supplémentaire à court terme. Cela dessine le portrait d’un marché où l’accumulation à long terme et les signaux de stress à court terme coexistent.

Les données actuelles ne révèlent ni un signal clairement haussier ni baissier, mais plutôt une période de maturation. La demande institutionnelle reste réelle, mais les indicateurs on-chain pointent vers une phase de transition avec des risques accrus de baisse. Le facteur décisif pour 2026 sera probablement de savoir si les flux structurels des ETF et des trésoreries l’emporteront sur les chocs macroéconomiques, ou si ces mêmes acteurs deviendront un fardeau en période de tension.