Mais un retour aux niveaux précédant le conflit est peu probable

Par Antoine Alves d’Oliveira

 

C’était l’un des mouvements les plus significatifs sur les marchés depuis le début de la guerre en Iran: l’envolée des taux. Un mouvement que nous décrivons dans ces colonnes depuis plusieurs semaines. A tel point que nous avons titré la semaine dernière que les hausses de taux avaient déjà eu lieu.

En effet, l’envolée des prix de l’énergie a fait renaître les craintes inflationnistes. A cela, il faut ajouter une pression supplémentaire sur les finances publiques, les gouvernements cherchant à atténuer les effets sur leurs économies. Un contexte qui a ramené les taux longs européens à leur plus haut niveau depuis une quinzaine d’années.

L’annonce, au cours de la nuit, d’un cessez le feu de deux semaines par Donald Trump a renversé cette tendance. Le marché entrevoit désormais une sortie négociée et une réouverture du détroit d’Ormuz. Les prix du pétrole ont ainsi chuté de presque 20 dollars.

Sur les taux, le 10 ans français perd plus de 20 points de base, le 10 ans allemand plus de 15 points de base et le 10 ans britannique une vingtaine de points de base. Des mouvements violents, à la hauteur du soulagement sur les marchés, et de la hausse enregistrée depuis un mois.

Toutefois, rien ne dit que les taux retrouveront leur niveau d’avant le conflit en Iran. Même si les hostilités prennent fin aujourd’hui, il faudra du temps pour retrouver un approvisionnement énergétique normalisé. Pour prendre un exemple, les frappes iraniennes sur le champ de Ras Laffan (il y a 3 semaines) ont endommagé 17% des capacités de GNL du Qatar pour 3 à 5 ans, selon le CEO de QatarEnergy.

Les prix devraient donc rester élevés dans les prochains mois. Dans ce contexte, le chemin pour des baisses de taux des banques centrales est beaucoup plus étroit qu’il y a un mois et demi.

Autre élément qui va dans ce sens, les Etats du Golfe vont devoir dépenser beaucoup pour améliorer leur défense et reconstruire certaines infrastructures. Or, ces derniers génèrent en temps normal d’importants surplus qui sont en partie réinvestis en Occident. Moins de capital disponible, ce sont des taux d’intérêt plus élevés.

Enfin, la pression sur les finances publiques va rester forte. La guerre en Iran a mis en avant de nouveaux besoins (notamment en termes de défense anti-aérienne), et dans l’immédiat il y a la nécessité de reconstituer les stocks de munitions. Aux Etats-Unis, l’administration Trump réclame ainsi 1’500 milliards de dollars pour la défense dans le cadre du prochain budget, soit une augmentation… de 44% par rapport à 2026.