L'année 2025 a marqué une nouvelle étape dans la maturation du marché des cryptomonnaies. Suite à la percée institutionnelle des ETF Bitcoin spot en 2024, le rôle de ces fonds en tant qu'instruments d'investissement s'est renforcé. Des milliards de capitaux institutionnels ont afflué vers le marché via des produits réglementés, établissant de plus en plus le Bitcoin comme une réserve de valeur stratégique.
En parallèle, la question de la conservation est devenue un sujet central de débat. À mesure que l’implication institutionnelle grandissait, il est devenu de plus en plus clair que la véritable souveraineté dans l’espace crypto ne pouvait être atteinte qu’en self-custody, le seul modèle garantissant la propriété, l’indépendance et le contrôle des fonds.
La rareté structurelle a également continué de s’accentuer alors que près de 95% de tous les bitcoins possibles ont été minés, un jalon qui a encore étayé le récit de la rareté numérique de la cryptomonnaie numéro 1.
Le Bitcoin a aussi continué de gagner en importance politique, alors que les discussions sur les réserves stratégiques, les avoirs gouvernementaux en Bitcoin et les traitements fiscaux ont montré que les actifs numériques font de plus en plus partie des considérations géopolitiques et budgétaires.
Enfin, 2025 fut l’année où les stablecoins ont clairement assumé le rôle de colonne vertébrale de l’infrastructure financière de nouvelle génération, des paiements transfrontaliers en passant par les marchés de capitaux tokenisés. Au niveau réglementaire, l’année a été marquée par une plus grande clarté tant aux États-Unis qu’en Europe, où les cadres pour les stablecoins ont été affinés afin de permettre l’innovation sans perdre de vue les risques systémiques.
Dans l’ensemble, 2025 a été une année de consolidation, de professionnalisation et d’ancrage institutionnel pour le marché crypto, moins définie par l’euphorie que par des progrès structurels.
Bitcoin et les crises systémiques
Le Bitcoin a célébré son « Genesis Day » au début du mois, alors que la dette nationale américaine atteignait un nouveau record de $38’500 milliards. La coïncidence symbolique est difficile à ignorer: lorsque Satoshi Nakamoto a miné le premier bloc de Bitcoin le 3 janvier 2009, il a ajouté dans le code un commentaire loin d’être anodin:
« Chancellor on brink of second bailout for banks »
Aujourd’hui, 17 ans plus tard, la dette américaine croît d’environ $6 milliards par jour. Rien qu’en 2025, environ $2’200 milliards ont été ajoutés à la dette. La masse monétaire M2 a également augmenté pour atteindre environ $22’400 milliards. Pour de nombreux défenseurs du Bitcoin, il s’agit d’une convergence des conditions structurelles qui ont initialement donné naissance au Bitcoin : dette croissante, politique monétaire expansionniste et méfiance grandissante envers le pouvoir d’achat à long terme.
L’Iran montre notamment à quelle vitesse cette méfiance peut se transformer en débats sociaux. Depuis juin 2025, la monnaie du pays a perdu plus de 40% de son pouvoir d’achat, tombant par moments à 1.4 million de rials pour un dollar américain. Les crises bancaires, l’effondrement de la banque Ayandeh avec des milliards de pertes, et les tensions politiques croissantes ont exacerbé la perte de confiance.
Dans cet environnement, le Bitcoin est apparu de plus en plus comme un possible « narratif de sortie », moins comme une solution de masse que comme une référence pour des alternatives hors des systèmes monétaires gouvernementaux. Des schémas similaires avaient déjà été observés en Argentine, au Liban et en Turquie: les crises monétaires augmentent l’attention portée aux actifs numériques, même si la forte volatilité, les obstacles technologiques et les risques réglementaires entravent une utilisation généralisée.
Alors que la pression économique s’intensifie, le contrôle politique reste fragile. Le gestionnaire de fonds Ray Dalio prévient que les élections de mi-mandat américaines de 2026 pourraient bouleverser l’équilibre des pouvoirs au Congrès et bloquer les approches réglementaires favorables aux cryptos de l’administration Trump. En particulier, le projet de loi CLARITY sur la structure du marché risque d’être retardé jusqu’en 2027.
Les marchés de prédiction estiment la probabilité d’un changement de majorité à la Chambre des représentants d’environ 79%. Parallèlement, le président Trump a explicitement exclu de gracier l’ancien PDG de FTX, Sam Bankman-Fried. Le signal est ambigu: une proximité politique avec l’industrie existe, mais elle reste tactique et réversible à tout moment.
Un contre-mouvement en politique monétaire se forme également. Dans l’UE, le Parlement, la Commission et la BCE luttent autour de l’euro numérique. Une « protection des données similaire à celle des espèces » est considérée comme le compromis le plus difficile entre vie privée, lutte contre le blanchiment d’argent et stabilité du système. Le plan consiste à créer un modèle hybride en ligne/hors ligne avec des caractéristiques de paiement légales, des limites de détention et des règles de protection des données opérationnellement applicables.
Le Cadre de déclaration des crypto-actifs (CARF) de l’OCDE est également entré en vigueur dans 48 pays (mais pas encore en Suisse), où les prestataires de services crypto ont commencé le 1er janvier 2026 à collecter systématiquement les données de transaction, qui seront échangées entre les États de l’OCDE à partir de 2027. L’objectif est de lutter contre l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent, mais les critiques s’insurgent de la création d’une masse de données sans précédent sur la propriété et les structures de transaction, un risque sans précédent pour la confidentialité.
Le contexte dans lequel le Bitcoin évolue continue ainsi de changer. La dette publique, les crises monétaires, les monnaies numériques de banque centrale et les régimes fiscaux mondiaux mettent les systèmes monétaires sous le feu des projecteurs, et avec eux le rôle d’un actif non gouvernemental, rare et sans frontière.
Ce qui frappe, ce ne sont pas les facteurs en soit, mais leur simultanéité: l’expansion de la dette, le stress monétaire et les nouvelles infrastructures de contrôle se produisent tous en même temps. Les CBDCs et le CARF ne visent pas à assouplir le marché, mais à une pénétration institutionnelle plus profonde des flux financiers numériques. Le Bitcoin ne s’oppose pas à cette tendance comme une alternative toute faite, mais plutôt comme un cadre de référence. Le véritable débat n’est plus sur le prix mais sur le système et sa confiance, sa souveraineté et son architecture pour le futur de l’argent.