L’année 2026 avait démarré en trombe, portée par un optimisme qui confinait à l’euphorie. Sur fond de scénario unanimement positif pour la croissance mondiale, les marchés actions ont enchaîné les records, et les tendances paraboliques nées en 2025 ne se sont pas contenté de se poursuivre mais ont connu une nouvelle accélération.

Par Enguerrand Artaz, Stratégiste et Michel Saugné, CIO

 

Enguerrand Artaz

Il en fut ainsi, par exemple, du marché actions sud-coréen qui, après avoir progressé de près de 80% en 2025, s’est envolé de 24% sur le seul mois de janvier. Même constat du côté des métaux précieux, sur lesquels la spéculation s’est intensifiée après une année exceptionnelle, permettant à l’or de gagner jusqu’à 25% sur les premières semaines, et à l’argent de s’envoler de 63% sur la même période. Dans le même temps, de nombreux indicateurs de positionnement et de sentiment de marché pointaient un optimisme exacerbé et un positionnement très agressif des investisseurs. Le tout à l’orée d’une année riche en chausse-trappes potentiels, après trois ans de hausse ininterrompue.

Depuis quelques jours toutefois, une forme de retour à la raison s’est mise en place, parfois brutalement. Le niveau de levier extrême utilisé pour spéculer sur l’argent a amplifié son retournement, le métal précieux perdant près de 40% en quelques jours. Le marché coréen a connu deux ajustements brutaux entraînant même, lors de la séance du 2 février, l’activation du mécanisme de « sidecar », coupe-circuit destiné à stabiliser le marché en cas de variation violente, qui suspend l’exécution des ordres quelques minutes. D’autres corrections violentes sont intervenues sur certaines poches du marché américain, comme les valeurs technologiques non-profitables, qui ont effacé en quelques jours leur forte hausse du début d’année.

Michel Saugné

Derrière la forte volatilité des actifs, des préoccupations plus fondamentales sont également remontées à la surface. A commencer par celle entourant les investissements dans l’IA. Les annonces par Microsoft puis Alphabet, à l’occasion de la publication de leurs résultats trimestriels, de dépenses d’investissements pour 2026 nettement plus élevées qu’anticipées par le consensus ont inquiété les investisseurs, alors même que cette crainte, qui avait émergé à l’automne dernier, paraissait avoir été digérée. Il faut dire que les montants en jeu sont impressionnants. Les géants américains de la technologie ont en effet annoncé pas moins de 660 milliards de dollars d’investissement dans l’IA, une hausse de 60% par rapport à  2025. Des montants qui ravivent la question de la rentabilité de ces investissements et de la soutenabilité des marges du secteur, qui plus est dans un contexte de concurrence accrue entre grands modèles de langages.

Une salve de mauvais chiffres sur l’emploi américain, notamment une forte baisse des postes à pourvoir selon l’enquête JOLTS et le pire mois de janvier en termes de destructions de postes selon le rapport Challenger, Gray & Christmas, a par ailleurs rappelé les fragilités de l’économie américaine. Le narratif à la mode pour parler du marché du travail américain, résumé par l’anaphore ‘’low hiring, low firing’’[1], reste pour l’instant valable, les demandes d’allocation chômage demeurant très basses. Mais la succession de mauvais chiffres et d’annonces de plans de licenciements ici et là l’écorne petit à petit.

Ce retour à la réalité des investisseurs, tant par la correction des excès d’euphorie que par la reprise en compte des problématiques les plus fondamentales, est au fond salutaire. Il n’y a jamais plus de danger sur les marchés financiers que lorsque l’appétit prend le pas sur la rationalité la plus élémentaire. Le dégonflement rapide des incohérences est ainsi la meilleure voie pour permettre aux marchés de reprendre sereinement leur marche en avant.

Rédaction achevée le 06.02.2026

[1] Faibles embauches, faibles licenciements


Ces données et opinions, ainsi que les secteurs mentionnés, sont fournis uniquement à titre d’information et, de ce fait, ne constituent ni une offre d’achat ou de vente d’un titre ni un conseil en investissement ni une analyse financière. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.