L'IA tient le marché, le pétrole relâche l'étau
La semaine dernière, l’Europe a signé une nouvelle séquence de records, avec un Stoxx Europe 600, un Dax, un SMI et un Ibex portés par la détente obligataire et par un rapport sur l’emploi américain moins robuste qu’attendu. Aux Etats-Unis, la semaine écourtée par la fête nationale a laissé Wall Street sur une note plus contrastée : le Dow Jones a inscrit de nouveaux sommets, mais la technologie, les semi-conducteurs et les valeurs liées à l’intelligence artificielle ont pesé sur la tendance. Le marché n’a pas basculé, il a tourné.
Le rapport sur l’emploi américain a concentré l’attention. L’économie a créé 57 000 emplois en juin, contre 113 000 attendus, avec des révisions négatives sur les deux mois précédents. Le chômage a reculé à 4,2%, mais surtout parce que le taux de participation est tombé de 61,8% à 61,5%. Cette statistique a déplacé les anticipations de hausse des taux de la Fed d’octobre vers décembre. Elle n’a pourtant pas fait disparaître le sujet inflationniste : l’inflation a dépassé 4% en mai, une première depuis trois ans, et reste au-dessus de la cible depuis cinq ans.
L’autre détente est venue du pétrole. Le Brent est revenu à 71,90 USD et le WTI à 68,60 USD, dans une quatrième semaine consécutive de baisse. Le trafic reprend partiellement dans le détroit d’Ormuz, les discussions indirectes entre les Etats-Unis et l’Iran progressent et la courbe des prix du brut est repassée en contango. Le message du marché est net : moins de risque de pénurie, plus d’offre disponible, et une prime géopolitique qui se dégonfle.
Notre portefeuille Europe a progressé de 3,08% sur la semaine, contre 2,69% pour le STOXX Europe 600, porté notamment par Indra Sistemas, en hausse de 9,63%, DWS Group, qui gagne 8,90%, et Ionos Group, en progression de 7,83%. La séquence européenne reste solide, avec un marché qui ne se contente plus de suivre Wall Street. Le Stoxx Europe 600 affiche désormais une performance annuelle supérieure à 9%, au même niveau que le S&P 500, après avoir signé son meilleur trimestre depuis plus de cinq ans.
Dans les valeurs industrielles, ABB a poursuivi son recentrage sur l’électrification et l’automatisation. Le groupe a finalisé l’acquisition de Specialtrasfo, fabricant italien de transformateurs spécialisés en moyenne tension, qui a généré environ 80 millions EUR de chiffre d’affaires en 2025. L’opération renforce ABB sur un maillon critique de la conversion industrielle d’électricité, au moment où la demande mondiale en équipements électriques accélère. Le groupe a aussi remporté une commande en Chine auprès de Zhejiang Petroleum & Chemical pour fournir des débitmètres connectés à un vaste complexe de raffinage et de pétrochimie.
Nordex a confirmé la vigueur du cycle éolien terrestre européen. Jefferies anticipe un deuxième trimestre solide, avec des volumes de livraison plus élevés, des marges en amélioration et un rebond des prises de commandes. Le groupe a remporté plusieurs contrats en Allemagne, dont un parc de 20 MW destiné à alimenter l’usine Continental de Korbach, ainsi qu’un ensemble de commandes représentant 197 MW et 30 turbines. L’Allemagne reste donc un moteur opérationnel puissant pour Nordex.
SAP, de son côté, affine son équation IA. Le groupe durcit sa discipline sur les embauches, les frais externes et les déplacements pour financer ses investissements dans l’intelligence artificielle, sans rouvrir un cycle massif de suppressions de postes. Le message de Christian Klein reste offensif : SAP veut prouver que l’IA ne fragilise pas le logiciel d’entreprise, mais renforce les plateformes capables d’intégrer données, cloud, automatisation et processus métiers. Indra a aussi marqué la semaine avec une gouvernance validée par les actionnaires et un dividende brut de 0,30 EUR par action payable le 9 juillet. Prosus, enfin, a livré des résultats de haute qualité, mais le marché va désormais juger l’exercice 2027 à l’aune de l’allocation du capital, plus orientée vers l’investissement que vers l’expansion immédiate des bénéfices.
Notre portefeuille USA a gagné 2,23% sur la semaine, contre 1,76% pour le S&P 500, avec de fortes contributions de Okta, en hausse de 13,79%, UHS, en progression de 8,68%, et ServiceNow, qui avance de 8,11%. La semaine américaine a été paradoxale : les indices ont résisté, le Dow Jones a inscrit des records, mais la mécanique interne du marché s’est durcie. Les valeurs liées à l’IA et aux semi-conducteurs, qui avaient alimenté une large partie du rebond du deuxième trimestre, ont subi des prises de bénéfices.
L’économie américaine envoie désormais un signal moins linéaire. Les créations d’emplois de juin ont déçu, mais le marché du travail ne se dégrade pas franchement. La moyenne mensuelle des créations d’emplois ressort à 92 000 sur les six premiers mois de 2026, contre seulement 15’000 en moyenne en 2025. Le secteur privé a même créé 88’000 emplois en moyenne sur les six derniers mois, son meilleur rythme depuis deux ans. Cela donne à la Fed une marge pour rester concentrée sur l’inflation, d’autant que celle-ci a dépassé 4% en mai. Le nouveau président de la Réserve fédérale américaine a tenu un discours déterminé, favorable aux obligations, mais pas suffisant pour relancer l’ensemble du marché actions.
Du côté des entreprises, Amazon a multiplié les annonces stratégiques. AWS investit 1 milliard USD dans une nouvelle unité de Forward Deployed Engineering, composée d’ingénieurs intégrés directement chez les clients pour concevoir et déployer des systèmes d’IA de production. La logique est claire : ne plus vendre seulement de l’infrastructure cloud, mais accélérer l’adoption opérationnelle de l’IA chez les grands comptes, notamment dans les secteurs réglementés. Amazon développe aussi des puces IA personnalisées pour ses appareils Echo, Fire TV et autres produits, tandis que son projet de satellites LEO disposerait désormais d’assez de lancements pour fournir un service haut débit initial dès cette année.
ServiceNow a avancé avec Accenture sur une offre commune de gestion des risques pilotée par l’IA, combinant services de sécurité, migration automatisée depuis des plateformes obsolètes et conformité réglementaire. JPMorgan Chase Asset Management serait, pour sa part, le favori pour acquérir Idex, l’opérateur français de réseaux de chaleur et de froid détenu par Antin Infrastructure Partners, dans une transaction qui pourrait valoriser l’entreprise entre 3 et 4 milliards EUR dette incluse.
Notre portefeuille Asie-Pacifique a progressé de 1,36% sur la semaine, contre -0,57% pour le MSCI AC Pacific, soutenu par Hansoh Pharmaceutical, en hausse de 17,59%, JD Health International, qui gagne 12,88%, et Zijin Mining Group, en progression de 11,87%. La région continue de concentrer deux récits puissants: le boom de l’IA dans les marchés technologiques d’Asie du Nord et la recomposition industrielle chinoise, entre véhicules électriques, santé innovante et métaux stratégiques.
Taïwan et la Corée du Sud ont encore porté la cote asiatique. Les indices liés aux technologies ont bondi, avec un MSCI EM Asia en route vers son meilleur trimestre depuis 2009. Taïwan profite directement de TSMC, dont le titre a encore progressé, tandis que le KOSPI sud-coréen reste l’un des marchés les plus performants au monde depuis le début de l’année. Le revers de cette puissance est la concentration : quelques valeurs de semi-conducteurs concentrent une part considérable de la performance, ce qui rend la trajectoire vulnérable à tout ralentissement des dépenses IA.
En Chine, BYD prépare une décision sur une deuxième usine européenne, avec l’Espagne et la France parmi les options. Ses ventes mondiales ont progressé de 5,5% en juin, tirées par des exportations en hausse de 94,7%, malgré une baisse de 22% sur le marché chinois. Leapmotor affiche une croissance plus explosive encore, avec des ventes en hausse de 95% sur un an. Hansoh Pharmaceutical profite d’un marché chinois de la santé plus innovant, avec un chiffre d’affaires 2025 en hausse de 22,6% à 15,0 milliards RMB et un bénéfice net en progression de 27,1%. CMOC, enfin, reste au centre du dossier cobalt, porté par la restriction des quotas en RDC et par une flambée des prix autour de 55’000 à 60’000 USD la tonne.
Premiers résultats, Fed moins bavarde, marché plus nerveux
Les marchés sortent d’un mois dominé par Ormuz, les semi-conducteurs et la question de la soutenabilité du rallye IA. Ils entrent désormais dans la préparation de la saison des résultats trimestriels. PepsiCo ouvrira le bal jeudi 9 juillet, avant la première grande vague des banques américaines attendue le 14 juillet. Ce calendrier va ramener les investisseurs vers les fondamentaux: volumes, marges, pouvoir de prix, capex, discipline financière et visibilité sur le second semestre.
Sur le plan macroéconomique, le compte-rendu de la dernière réunion de la Fed sera le principal rendez-vous. Son importance est renforcée par le style du nouveau président de la banque centrale, Kevin Warsh, qui a déjà indiqué qu’il serait moins prolixe que ses prédécesseurs. Le marché devra donc apprendre à lire davantage les documents et moins les commentaires. Après un rapport sur l’emploi moins fort qu’attendu, mais encore compatible avec une économie solide, la question centrale reste celle de l’inflation. Le pétrole plus bas peut atténuer la pression à court terme, sans régler le fait que la hausse des prix reste au-dessus de l’objectif depuis cinq ans.
Côté entreprises, plusieurs dossiers devront être suivis. Indra versera son dividende brut de 0,30 EUR par action le 9 juillet. PepsiCo donnera un premier aperçu de la consommation américaine et de la capacité des grands groupes défensifs à tenir leurs marges. En Europe, Nordex devra confirmer que la dynamique de commandes se transforme en amélioration opérationnelle. SAP restera observé sur sa discipline de coûts et ses investissements IA. En Asie, Advantest, TSMC, Hansoh, BYD et Leapmotor concentreront l’attention sur les deux pôles les plus actifs du moment : semi-conducteurs et santé innovante, véhicules électriques et expansion internationale. Le marché a déjà beaucoup payé pour la croissance liée à l’IA. La semaine qui vient dira si les résultats commencent à justifier le prix.