Rien ne sert de courir
La morale de La Fontaine résume le message que les colombes de la Réserve fédérale ont adressé cette semaine à un marché qui s’était empressé de parier sur deux hausses de taux d’ici à la fin de l’année. Depuis sa réunion de mi-septembre, la Réserve fédérale tenait un discours assez ferme pour que le marché intègre deux hausses de taux d’ici à la fin de l’année.
Les colombes du FOMC ont pourtant repris la main. John Williams, président de la Fed de New York, et Philip Jefferson, vice-président de l’institution, ont tous deux estimé qu’il n’y avait aucune urgence à relever les taux. Les chiffres leur ont donné raison. L’inflation PCE, l’une des mesures préférées de la banque centrale, est ressortie sous les attentes, et le rapport mensuel sur l’emploi a fait état de créations de postes nettement plus faibles que prévu. Les investisseurs accordent désormais 79,5% de probabilité à un statu quo le 28 octobre. L’économie américaine ne cale pas pour autant. Le PIB tient et les données de consommation ont été révisées en hausse. Cette résilience explique d’abord la remontée des taux longs auquel s’ajoute un ressort plus structurel : les investisseurs arbitrent désormais entre dette souveraine et dette des hyperscalers.
Le portefeuille Europe a cédé 0,97% sur la semaine, soit un recul plus contenu que celui du STOXX Europe 600 (-1,11%). Il a été soutenu par les semi-conducteurs, avec ASM International (+11,86%) et ASML Holding (+8,56%), ainsi que par Prysmian (+6,05%).
Le portefeuille USA a gagné 0,95% pendant que le S&P 500 reculait de 0,27%. Il a été emmené par Teradyne (+12,72%), Okta (+8,35%) et McKesson (+4,11%). Wall Street a mieux encaissé la poussée des taux que l’Europe, et elle le doit encore à la technologie.
Le portefeuille Asie-Pacifique a progressé de 0,16% quand le MSCI AC Asia Pacific GDP Weighted perdait 0,89%. Il a été porté par Fujikura (+12,27%), Sumitomo Electric (+10,90%) et Ebara (+5,88%). TSMC a de nouveau fait parler de lui. Selon la presse taïwanaise, puis plusieurs sources proches du dossier, le fondeur étudie la construction de six unités avancées au Texas, avec Dallas comme site possible. Chez Tencent, la course à l’IA se lit désormais dans les comptes. Selon le Financial Times, le groupe loue à Oracle environ 100’000 puces avancées pour cinq ans, pour quelque 7 milliards USD, dont 30% payés d’avance.
La Fed relue
En quelques séances, le marché a renoncé à son pronostic d’une hausse de taux fin octobre. Une inflation un peu plus sage et un emploi légèrement dégradé ont suffi à faire bouger les lignes. La baisse du pétrole a fait le reste et permis aux actions de finir la semaine dans le vert. Les maillons faibles de la dette souveraine restent pourtant sous tension, à commencer par la France, et un rendement américain à 5,28% ne se digère pas en un vendredi.
La semaine qui s’ouvre démarre sans élan. Les contrats à terme laissent attendre un Dow Jones et un S&P 500 à l’équilibre, et un Nasdaq 100 en repli de 0,15%. Premier test dès ce lundi à 16h avec l’indice ISM, attendu à 55,7 après 55,4. L’agenda macroéconomique est ensuite plutôt calme, ce qui donnera d’autant plus de relief aux minutes de la dernière réunion de la Fed, publiées mercredi. Les investisseurs y chercheront la trace des doutes que John Williams et Philip Jefferson ont exprimés publiquement depuis.
Le calendrier des sociétés reste clairsemé, mais le 8 octobre concentrera l’attention. PepsiCo lancera ce jour-là la saison des résultats, et MediaTek publiera l’évolution de son activité. D’ici là, un seul chiffre gouverne les marchés : 79,5%, la probabilité d’un statu quo de la Fed. Il suffirait de quelques lignes dans les minutes de mercredi pour le faire vaciller.