162’000 raisons de redouter la Fed
Le consensus attendait 55’000 créations de postes en août. L’économie américaine en a livré 162’000, avec en prime 55’000 emplois supplémentaires après révisions des deux mois précédents. Le chômage reste stable à 4,1%. De quoi raviver le scénario d’une hausse de taux les 15 et 16 septembre, malgré une enquête ADP beaucoup plus faible.
Mais le chiffre doit être lu à l’aune d’un marché du travail qui a changé de régime. Le durcissement de la politique migratoire a fortement réduit l’offre de travail: selon la Fed, le vivier de travailleurs disponibles pourrait progresser de moins de 10 000 personnes par mois en 2026. Autrement dit, 61’000 créations mensuelles cette année suffisent largement à maintenir le marché de l’emploi sous tension. Pour la Fed, le message est clair: l’emploi tient, l’inflation reste le vrai problème.
Les taux longs ont déjà réagi. Le 10 ans américain a atteint 4,8%, tandis que le 30 ans évolue à des niveaux inédits depuis près de vingt ans. Guerre en Iran, déficits publics massifs et explosion des capex des hyperscalers alimentent la tension. Le pétrole, lui, a bondi de 9,7% à 91,5 USD le baril après de nouveaux affrontements dans le détroit d’Ormuz.
Notre portefeuille Europe abandonne 1,98% sur la semaine dernière, un repli plus sévère que celui du STOXX Europe 600 (-0,80%). BBVA a sauvé l’honneur avec 1,4%, quand Nordex (-4,52%) et Indra Sistemas (-5,12%) ont pesé sur la performance.
Le Vieux Continent recule de 0,81%, la France encaissant le choc le plus rude (-1,46%, CAC 40 sous les 8 150 points). L’économie réelle, elle, résiste: le PMI composite de la zone euro tient à 52,0, porté par un manufacturier au plus haut depuis quatre ans. Ce sont les taux qui font mal, à trois jours d’une BCE qui devrait relever ses taux de 25 points de base pour enrayer la reprise de l’inflation.
Renault a payé cash sa mauvaise passe commerciale. Les immatriculations du Losange en France ont chuté de 4,6% en août quand le marché des voitures particulières progressait de 7,4%, ce qui a coûté 3,3% au titre, autour de 28,7 EUR. Stellantis affiche +4,6%, Citroën +5%, Peugeot fait du surplace, et la part de marché de Renault s’érode de 0,4 point depuis janvier. Le véritable adversaire n’est pas dans l’Hexagone: UBS relève que les importations de véhicules chinois en Europe atteignent un rythme annualisé d’environ 3,3 millions d’unités, soit 1,4 million de plus qu’en 2025.
ABB a enchaîné les contrats, avec LKAB pour l’électrification de sa future usine de tri de Malmberget et avec Ansaldo Nucleare pour moderniser les systèmes de contrôle et de sûreté de l’unité 1 de Cernavoda, en Roumanie, une opération qui prolonge de trente ans la durée de vie d’une centrale fournissant 18 à 20% de l’électricité du pays. Indra a déployé son arsenal antidrones et son radar NEMUS au salon MSPO en Pologne, sans convaincre la Bourse de Madrid. Sur le front du M&A bancaire, un analyste estime désormais à plus de 60% les chances de succès de l’offre d’Intesa Sanpaolo sur BMPS.
Notre portefeuille USA progresse de 0,73%, devant un S&P 500 quasi immobile (0,09%). Dell Technologies signe la performance de la semaine avec 14,88%, devant Constellation Energy (8,03%) et Amphenol (4,96%).
Nasdaq a bouclé l’acquisition de Dasseti, Teradyne a étoffé sa plateforme UltraFLEXplus pour les puces de datacenter, GE Vernova a décroché 16 éoliennes pour le parc écossais de Chleansaid, et Snap a présenté ses Specs à Beverly Hills sous les quolibets des réseaux sociaux.
DELL TECHNOLOGIES INC. +14,88 %
Dell a publié des comptes qui rendent la prudence difficile à défendre. Le BPA ajusté du deuxième trimestre a triplé sur un an, à 7,04 USD contre 4,92 USD attendus, pour un chiffre d’affaires record de 46,97 MdsUSD en hausse de 58%. La division Infrastructure Solutions Group bondit de 89%, dont 16,40 MdsUSD de serveurs optimisés pour l’IA, en doublement. Surtout, le groupe a engrangé 60,9 MdsUSD de commandes de serveurs IA et terminé le trimestre avec un carnet record de 95 MdsUSD. Les objectifs annuels ont été relevés sans ménagement: BPA de 25,50 USD contre 17,90 USD auparavant, revenus de 192 MdsUSD contre 167 MdsUSD, serveurs IA triplés à 74 MdsUSD. Bank of America porte sa cible de 505 à 600 USD. UBS monte de 455 à 500 USD mais reste neutre, faute de visibilité sur la pérennité de la croissance en 2028. Le débat ne porte plus sur la demande, mais sur sa nature, cyclique ou séculaire.
Notre portefeuille Asie-Pacifique gagne 0,28%, tout juste derrière le MSCI AC Asia Pacific GDP Weighted (0,48%). MediaTek s’illustre avec 10,79% et Lenovo suit avec 8,14%.
Le Nikkei cède 1,05% sur la semaine, ce qui ne l’empêche pas d’afficher 20,4% depuis janvier. Le coupable est identifié: le yen. La devise nippone a bondi jusqu’à 152,89 USD/JPY dans la nuit de mardi, son meilleur niveau depuis février, après des propos fermes du gouverneur Ueda. Deux moteurs se cumulent, l’anticipation d’une hausse de taux de la Banque du Japon dès septembre, avec un débat ouvert entre 25 et 50 points de base, et les spéculations sur un rapatriement de capitaux qui accélèrent le débouclement des positions courtes. Le yen évolue désormais à des niveaux plus fermes que lors de la dernière intervention avérée des autorités cet été, ce qui suffit à décourager les vendeurs. En Inde, le PIB du deuxième trimestre a dépassé les attentes, porté par les exportations et l’investissement.
Lenovo a vu 283,9 MUSD de ses obligations convertibles converties depuis l’annonce du plan de rachat du 17 août, soit 42,1% du montant initial, au prix ajusté de 8,37 HKD, pour une dilution d’environ 2,1% du capital élargi. Le groupe a par ailleurs noué un partenariat avec Workato pour ouvrir son assistant Qira aux flux de travail agentiques à travers Gmail, Outlook, Slack ou Teams. NEC a annoncé une enveloppe de 1 300 milliards JPY d’investissements de croissance, acquisitions comprises, jusqu’en mars 2031, avec un appétit affiché pour l’IA physique, l’aérospatiale et la défense. TSMC étend son emprise sur le parc de Baipu, à Kaohsiung, avec un site de trois hectares dédié au packaging avancé. Enfin, Leapmotor, partenaire chinois de Stellantis, a livré 103 129 véhicules en août, en hausse de 80,7%, cinquième record mensuel consécutif.
La BCE jeudi, l’inflation vendredi
La semaine s’ouvre en douceur, avec le retour des investisseurs américains après un weekend prolongé et un calendrier pratiquement vide jusqu’à mercredi. Les festivités commencent jeudi 10 septembre, sur deux fronts simultanés. La Banque centrale européenne rendra sa décision, avec un relèvement de 25 points de base probablement à la clé, ce qui en ferait la seule grande banque centrale à assumer ouvertement le combat contre la reprise de l’inflation. Le même jour, Oracle et Adobe publieront leurs comptes, deux tests supplémentaires pour un thème IA qui ne pardonne plus l’à-peu-près: cette saison, tout le monde bat le consensus et relève ses prévisions, et cela ne suffit plus à protéger un titre richement valorisé.
Le rendez-vous décisif est vendredi. L’inflation américaine du mois d’août dictera la décision de la Fed du 16 septembre, désormais réduite à une équation à une seule inconnue puisque l’emploi a cessé d’être un argument pour les colombes. Un chiffre légèrement inférieur aux attentes redonnerait du poids aux commentaires de Christopher Waller, ce centriste du FOMC prêt à soutenir un maintien des taux si la désinflation se confirme. Un chiffre plus chaud enterrera le débat.
L’arbitrage se joue aussi hors des enceintes monétaires. L’administration Trump réclame des taux plus bas, la Fed devrait les relever, et les tensions sur le marché obligataire éclairent crûment cette divergence entre les objectifs de la banque centrale et ceux du Trésor. Kevin Warsh, en limitant sa communication au minimum, laisse ses collègues occuper le terrain. A l’arrivée, le 30 ans américain sur ses sommets de deux décennies a déjà tranché: le marché obligataire, lui, n’attend pas le CPI.
