Les jeux sont faits

Les jeux sont faits, rien ne va plus: la formule du croupier, dont Sartre a fait un titre, décrit bien l’état des marchés à l’ouverture de la saison des résultats, puisque l’essentiel des paris a été placé bien avant que les chiffres ne tombent. La semaine écoulée a pourtant failli rebattre les cartes. Le Brent a franchi les 105 USD au cours du week-end après une frappe meurtrière sur l’aéroport de Riyad, attribuée aux Houthis, suivie dimanche d’une seconde attaque moins dévastatrice. Les opérateurs ont vite délaissé la géopolitique pure pour regarder les flux physiques. Or pétrole et gaz recommencent à circuler correctement dans le golfe Persique, et le baril comme les taux ont fini par refluer légèrement.

Donald Trump a contribué à faire retomber la fièvre en écartant toute attaque contre l’Iran avant les élections de mi-mandat. Il a ensuite pris ses propres alliés de court avec un accord de fourniture de diesel conclu avec la Russie, assorti d’un cessez-le-feu énergétique entre Kiev et Moscou dont les deux belligérants ne semblaient pas avoir été informés. Les experts jugent les volumes dérisoires, un groupe bipartisan de sénateurs prépare une contestation juridique, et la Maison Blanche a encore trouvé le temps de réclamer le départ de Volodymyr Zelensky.

Le calendrier macroéconomique dégarni a offert un répit bienvenu aux obligations, dont les rendements ont (enfin) cessé de grimper. Wall Street en a profité pour inscrire de nouveaux records sur le S&P 500 et le Nasdaq, portée par une lecture désormais dominante: si les taux restent élevés, c’est que l’économie américaine tourne à plein régime. L’Europe, plus malmenée, peine à adopter cette grille de lecture. Pour la Fed, le statu quo tient la corde fin octobre, avec une hausse plutôt attendue en décembre. La BCE semble emprunter le même chemin.

Notre portefeuille Europe termine la semaine quasiment à l’équilibre, à -0,04%, contre +0,04% pour le STOXX Europe 600, avec pour locomotives London Stock Exchange (+7,47%), Renault (+7,37%) et Prosus (+4,35%).

Notre portefeuille USA a nettement distancé son indice de référence, avec une hausse de 3,34% contre 1,15% pour le S&P 500, emmené par Constellation Energy (+15,76%), Snap (+11,65%) et Okta (+9,76%).

Notre portefeuille Asie-Pacifique recule de 1,11% sur la semaine, contre -0,52% pour le MSCI AC Asia Pacific GDP Weighted, malgré la belle tenue de NEC Corporation (+6,51%), JD Health (+4,16%) et Zijin Mining Group (+3,91%).

Baptême du feu pour le troisième trimestre

La saison des résultats démarre aujourd’hui avec LVMH, premier test grandeur nature pour un marché européen en quête de raisons d’y croire. Mardi, JPMorgan Chase ouvrira le bal des banques américaines à 12h45, avant la publication des chiffres d’exploitation de Rio Tinto à 23h30, heure de Paris. Mercredi, ASML publiera ses comptes du troisième trimestre, le jour même de l’inflation américaine de septembre. Les économistes tablent sur 3,6% en rythme annuel et 2,4% pour l’inflation de base. Ce sera le dernier chiffre majeur avant la réunion de la Fed de fin octobre. Jeudi, TSMC dévoilera ses résultats complets et ses perspectives. Goldman Sachs, Bank of America et BlackRock compléteront le tableau financier, tandis que Schneider, Johnson & Johnson, UnitedHealth et Fastenal apporteront un peu de variété.

Gare au réflexe qui consiste à acheter sur un bénéfice record. Les gérants ont passé septembre à éplucher les données et à accumuler les titres prometteurs. Le jour de la publication, la surprise est éventée et ils encaissent, souvent face à des particuliers attirés par les gros titres. Broadcom en a fait l’expérience au premier trimestre: quand la valorisation est tendue, de bons chiffres ne suffisent plus, il faut pulvériser les attentes. Ces décalages entre réalité et attentes offrent toutefois régulièrement des points d’entrée à l’investisseur de long terme.