Les marchés changent de rythme à l'heure des résultats
Les nouvelles frappes échangées entre les Etats-Unis et l’Iran ont rompu le cessez-le-feu et fait repartir le pétrole à la hausse, avec un Brent revenu autour de 79 USD. Les indices n’ont pourtant pas basculé dans un mouvement de panique. Les investisseurs semblent encore miser sur une reprise des discussions avec Téhéran, possibilité évoquée vendredi par Donald Trump, mais qui n’a pour l’instant débouché sur aucun résultat tangible.
La réaction des marchés a surtout confirmé une rotation sectorielle amorcée depuis plusieurs semaines. Les semi-conducteurs, après une progression de 90% du SOX depuis le début de l’année, ont subi de violentes prises de bénéfices. La santé, les financières et certaines petites capitalisations ont mieux résisté. Ce mouvement ne ressemble pas encore à un sommet généralisé: il traduit davantage une redistribution des positions au sein du marché. La faiblesse des volumes estivaux accentue néanmoins chaque mouvement.
Le point de tension le plus durable se trouve peut-être sur le marché obligataire. Le rendement du Treasury à dix ans est remonté vers 4,58%, tandis que son écart avec le Bund allemand s’élargit et soutient le dollar. Aux inquiétudes inflationnistes s’ajoute désormais une offre de dette massive. Les Etats-Unis financent des déficits supérieurs à 5% du PIB depuis 2020, tandis que les groupes technologiques empruntent à leur tour pour financer l’IA. Avec 335 Mds USD de dette liée à cette thématique levés depuis janvier, le pétrole n’est plus le seul facteur susceptible de maintenir les taux durablement élevés.
Notre portefeuille Europe a reculé de 3,16% sur la semaine, contre une baisse de 1,75% pour le STOXX Europe 600. Prosus s’est distingué avec une hausse de 6,89%, tandis qu’UCB a perdu 8,63% et Nordex 9,97%. Le repli a dépassé les seules valeurs détenues: le CAC 40 a cédé 2%, sa plus mauvaise semaine depuis la fin avril, et l’Euro STOXX 50 a abandonné plus de 2,8% après avoir pourtant inscrit un record lundi.
La chute de Nordex contraste fortement avec ses fondamentaux opérationnels. Le fabricant allemand d’éoliennes a enregistré 3,054 GW de commandes au deuxième trimestre, soit 32,2% de plus qu’un an auparavant. Les commandes ont atteint environ 2,96 Mds EUR, avec un prix moyen stable à 0,97 M EUR par MW. L’Allemagne, les Etats-Unis et la Turquie ont porté l’activité, tandis que le retour du groupe sur le marché américain se confirme avec 800 MW de commandes. Berenberg anticipe désormais un chiffre d’affaires trimestriel de 2,2 Mds EUR et un EBITDA de 207 M EUR.
Renault a obtenu une victoire judiciaire importante au Royaume-Uni. La Haute Cour a rejeté toutes les demandes relatives aux émissions de moteurs Diesel, écartant un risque de provisionnement significatif. Le constructeur veut désormais récupérer ses frais de justice auprès des financeurs de la procédure. Sur le plan industriel, la R5, la R4 et la Twingo électriques dégagent désormais de meilleures marges que la Megane ou le Scenic, tandis que les carnets de commandes électriques ont progressé jusqu’à 50% sur certains marchés.
Indra prévoit de multiplier ses capacités de livraison par six à dix et a mis en service quatre systèmes de contrôle aérien en une semaine. SAP, enfin, évite une amende européenne grâce à des engagements mondiaux sur dix ans, qui donneront davantage de liberté à ses clients utilisant encore ses logiciels sur site.
Notre portefeuille USA a progressé de 0,83% sur la semaine, contre 0,50% pour le S&P 500. Dell Technologies a gagné 5,63%, Brinker International 5,09% et Nasdaq 4,27%. La résistance des valeurs technologiques a permis au marché américain de terminer dans le vert malgré la remontée du pétrole, des taux longs élevés et une nouvelle poussée des tensions au Moyen-Orient.
Les données économiques restent compatibles avec un ralentissement modéré. Les créations d’emplois ont atteint 57’000, contre 114’000 attendues, mais le chômage a reculé à 4,2%, les salaires progressent encore de 3,5% sur un an et les licenciements restent faibles. L’économie ne donne pas de signal récessif clair. La consommation réelle avance autour de 2% et l’investissement des entreprises reste soutenu par les dépenses liées à l’intelligence artificielle, même si l’estimation GDPNow de la Fed d’Atlanta a été ramenée de 3,1% à 1,2%.
La tech continue toutefois d’absorber une quantité spectaculaire de capital. Amazon chercherait à lever au moins 25 Mds USD sur le marché obligataire afin de financer des dépenses d’investissement attendues à 200 Mds USD en 2026. Son projet de constellation satellitaire disposerait par ailleurs d’assez de lancements pour offrir un premier service haut débit cette année. Blue Origin, également contrôlée par Jeff Bezos, vise de son côté une levée de 10 Mds USD sur la base d’une valorisation de 130 Mds USD.
ServiceNow a noué un partenariat avec Hitachi Digital Services pour superviser des infrastructures critiques à l’aide de l’IA. JPMorgan teste parallèlement des agents d’allocation d’actifs : le meilleur modèle aurait dépassé un portefeuille 60/40 de 0,7 point par an dans les simulations historiques. La banque rappelle toutefois qu’un backtest n’est pas une preuve d’efficacité réelle.
Notre portefeuille Asie-Pacifique a reculé de 0,85% sur la semaine, contre une baisse de 1,60% pour le MSCI AC Pacific. Tencent Holdings a gagné 6,73%, DBS Group 5,33% et JD Logistics 4,02%. Cette relative résistance masque la correction brutale du marché sud-coréen, dont l’indice KOSPI a chuté de 7,6% en une semaine et de 17,5% en trois semaines. Il conserve néanmoins une progression de 77% depuis le début de l’année.
Les semi-conducteurs ont concentré l’essentiel de la volatilité. Samsung a publié un résultat net multiplié par dix-neuf sur un an, sans empêcher son action de perdre près de 10% le jour de l’annonce. Le cas illustre le niveau des attentes accumulées sur les valeurs liées aux mémoires et à l’IA. SK Hynix a également été chahuté à Séoul, mais son introduction à Wall Street lui a permis de lever environ 26,5 Mds USD, soit la plus importante opération jamais réalisée aux Etats-Unis par une société étrangère.
TSMC reste le meilleur thermomètre de la demande en puces avancées. Son chiffre d’affaires du deuxième trimestre a progressé de 36%, à un record de 1 270 Mds TWD, légèrement supérieur aux attentes. Le mois de juin a enregistré une hausse de 67,9% sur un an. Le groupe accélère également dans le conditionnement avancé, avec de nouvelles usines prévues dans le parc scientifique de Chiayi. L’ensemble du site pourrait générer plus de 300 Mds TWD de production annuelle et créer plus de 9 000 emplois.
Tencent serait en négociations pour prendre le contrôle de Manus pour au moins 2 Mds USD. Hansoh Pharmaceutical a annoncé des résultats positifs de phase III dans le cancer du poumon à petites cellules. Enfin, Singapore Exchange a vu ses volumes sur actions progresser de 35% sur son exercice, confirmant le regain d’activité des marchés de la cité-Etat.
Cette semaine replacera les résultats d’entreprises au centre du marché. Les grandes banques américaines ouvriront la saison avec JPMorgan Chase, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs, Bank of America, Morgan Stanley, Bank of New York Mellon, State Street, Northern Trust et BlackRock. Les activités de marché pourraient permettre à plusieurs établissements de dépasser les prévisions, BofA Securities ayant relevé ses estimations de bénéfice par action de 1,8% en moyenne pour huit grandes banques. La croissance correspondante atteindrait 27% sur un an, mais les investisseurs regarderont surtout les revenus et les perspectives hors trading.
La barre est également élevée pour le reste du S&P 500. Les bénéfices du deuxième trimestre sont attendus en hausse de 24%, avec une progression de plus de 63% pour le seul secteur technologique. Les analystes tablent en parallèle sur une croissance des profits de 25% pour l’ensemble de 2026. Des résultats simplement conformes pourraient donc ne pas suffire. ASML, TSMC et Netflix fourniront les premiers éléments concrets permettant de juger si les dépenses consacrées à l’IA restent capables de soutenir les valorisations.
La macroéconomie compliquera encore la lecture. L’inflation américaine de juin est attendue en baisse de 0,1% sur un mois et en ralentissement à 3,7% sur un an. L’inflation sous-jacente pourrait cependant accélérer à 0,3% sur un mois et rester à 2,9% sur un an. Kevin Warsh sera auditionné par le Congrès mardi et mercredi, après avoir refusé à Sintra de donner une trajectoire claire pour les taux.
En Asie, les exportations chinoises sont attendues mardi, puis le PIB du deuxième trimestre mercredi, avec une croissance anticipée à 4,5%. Jeudi, TSMC publiera ses résultats complets. Les marchés sauront alors si la correction des puces était une simple purge estivale ou le premier avertissement sérieux adressé au cycle de l’IA.