La grande compression
Il faudra s’habituer à l’argent cher. Pour sa réunion de rentrée, la BCE a relevé ses taux de 25 points de base, décision que Christine Lagarde a présentée comme un no brainer tant l’institution s’attend désormais à voir l’inflation dépasser 2% pendant une période prolongée. La porte reste grande ouverte: selon Reuters, Francfort pourrait remettre une pièce dans la machine dès octobre. La Fed devrait suivre mercredi, l’inflation américaine d’août, légèrement supérieure aux attentes, ayant plié le match. Les traders y croient désormais à 90%. La Banque du Japon, occupée à soutenir le yen, devrait faire de même jeudi.
Le mouvement déborde largement les banques centrales. Partout sur la planète, les rendements obligataires touchent des sommets de plusieurs décennies, poussés par le retour de l’inflation, l’inquiétude sur les déficits occidentaux et les émissions de dette massives des géants de la tech pour financer l’intelligence artificielle. Le 10 ans américain, référence des marchés mondiaux, a inscrit cette semaine son plus haut niveau depuis 2023, au terme d’une ascension d’environ 90 points de base depuis fin février.
Les indices actions font mine de ne rien voir. Le S&P 500 a signé de nouveaux records en août et affiche 11% de hausse en 2026. L’illusion ne résiste pas à l’examen des bénéfices. Ceux-ci ont bondi de 52% au deuxième trimestre et devraient progresser de 31,5% sur l’année, là où Factset n’en attendait que 15% en décembre dernier. La hausse des cours est donc très en retard sur celle des profits: le multiple a fondu de 23 fois les bénéfices des douze prochains mois à 19 en un an, alors même que l’indice n’a connu qu’un seul trou d’air, une baisse de 10% entre fin janvier et fin mars. À multiple inchangé, le S&P 500 vaudrait aujourd’hui 9’100 points, soit 33% de progression annuelle. Les taux ont mangé la différence.
Notre portefeuille Europe cède 0,69% sur la semaine quand le STOXX Europe 600 abandonne 1,66%. Nordex (7,13%) et Prysmian (4,09%) ont porté la cote, Pan African Resources (-9,8%) l’a freinée.
Notre portefeuille USA recule de 0,83%, quasiment au niveau du S&P 500 (-0,80%). Dell Technologies (8,23%) et Teradyne (6,36%) ont soutenu l’ensemble, ServiceNow (-6,18%) a pesé.
Semaine difficile pour notre portefeuille Asie-Pacifique, en repli de 2,54% contre -0,36% pour le MSCI AC Asia Pacific GDP Weighted. MediaTek (3,85%) a résisté, Zhejiang Leapmotor (-6,56%) et Hansoh Pharmaceutical (-9,71%) ont lourdement pesé.
La Fed en ligne de mire
Cinq jours, deux banques centrales, une seule question. La Fed tranchera mercredi et le suspense s’est largement dissipé en fin de semaine dernière : les données sur les prix à la production puis sur l’inflation ont fait passer la probabilité d’un tour de vis de 50% il y a huit jours à plus de 85% vendredi après-midi. La Banque du Japon devrait enchaîner jeudi, avec le soutien du yen pour boussole. Les deux décisions interviennent alors que les rendements obligataires évoluent déjà au plus haut depuis des décennies, ce qui laisse peu de place à la surprise haussière et beaucoup à la déception si le discours d’accompagnement se durcit davantage que le geste.
Le marché, pourtant, ne paraît pas accablé. Il a vendu sur la rumeur et acheté sur la nouvelle, inversion assez rare de la formule consacrée, signe que le resserrement est désormais dans les prix. La vraie variable de la semaine sera moins le quart de point que le ton employé sur la suite, à Washington comme à Tokyo, et la réaction du 10 ans américain, qui reste le baromètre auquel se mesure la compression des multiples décrite plus haut.
Le calendrier microéconomique sera d’une pauvreté remarquable. Les investisseurs indiciels, eux, noteront que les changements annoncés par le Conseil Scientifique des Indices d’Euronext prendront effet le lundi 21 septembre: Interparfums et Verallia quitteront le SBF 120 et le CAC Mid 60, remplacés par Inventiva et Genfit. Aucun mouvement en revanche sur le CAC 40, le CAC Next 20 et le CAC Large 60. La prochaine revue est fixée au 10 décembre.
