Ballet de banque centrales et réouverture d'Ormuz

L’espoir d’un assouplissement monétaire s’est refroidi la semaine dernière. Entre une inflation américaine qui reprend de la vigueur et une Banque Centrale Européenne (BCE) contrainte de resserrer la vis, le spectre d’une économie en surchauffe et de taux d’intérêt durablement élevés a dicté le tempo macroéconomique mondial.

Le grand déclencheur de la semaine est tombé le mercredi 10 juin avec la publication de l’indice des prix à la consommation de mai aux Etats-Unis. L’inflation globale accélère à 4,25% sur un an (contre 3,8% en avril), principalement dopée par la flambée des prix de l’énergie. En fin de semaine, l’hypothèse d’un accord en vue d’une réouverture du détroit d’Ormuz a toutefois fait refluer les craintes de durcissement monétaire, à mesure que le pétrole perdait de l’altitude. Mais il en faudra plus pour qu’une perspective d’assouplissement monétaire refasse son apparition.

C’est d’ailleurs la banque centrale européenne qui a fait le premier pas le jeudi 11 juin en optant pour la fermeté. Le Conseil des gouverneurs a décidé de relever ses trois taux directeurs de 25 points de base. Après un début de semaine difficile pour les indices, la perspective d’un déblocage du Golfe Persique a permis au S&P500 et au Stoxx Europe 600 de réaliser un gain hebdomadaire. Côté Asie-Pacifique, la Corée et le Japon clôturent respectivement en hausse de 4,72% et 4,03%, la Chine accuse une perte de -0,48%.

En Europe, notre portefeuille a signé une progression de +2,82% sur la semaine, soit plus d’un point de mieux que le Stoxx Europe 600, en hausse de +1,73%. Pendant que les marchés italiens étaient pris dans l’offensive bancaire d’Intesa Sanpaolo sur Monte dei Paschi et que Paris et Berlin actaient l’enterrement du SCAF, notre portefeuille Europe est allé chercher sa performance ailleurs, du côté de la silicon valley néerlandaise. La semaine a démarré timidement, dans un climat encore lesté par les incertitudes au Moyen-Orient, avant que le Brent ne repasse sous les 90 USD et que les places européennes mettent fin à quatre jours de baisse consécutifs.

La séquence appartient sans conteste aux semi-conducteurs. ASM International domine la performance hebdomadaire avec un bond de 17,07%, dans le sillage d’un soutien renouvelé de BofA, qui maintient son conseil à l’achat en mettant en avant un argument que le marché commence à intégrer sérieusement, une visibilité des résultats jusqu’en 2028 et des discussions désormais avancées avec Terafab autour du packaging. ASML a suivi, en hausse de 11,45%, portée par Bernstein et Goldman Sachs, et entourée d’une rumeur inhabituelle, une intervention d’Elon Musk lors d’un événement consacré au projet Terafab, juste avant l’IPO SpaceX. Le néerlandais a aussi apaisé un dossier social en réduisant l’ampleur de ses suppressions de postes pour 2027 après négociations syndicales.

Renault raconte une autre histoire, plus géopolitique. Le titre gagne 3,58% sur la semaine. Le constructeur a confirmé que ses commandes de véhicules électriques s’envolent en Europe depuis le début du conflit iranien. Barclays a maintenu son conseil à l’achat en fin de semaine. Friedrich Vorwerk progresse de 14,19%, après un contrat kazakh remporté par sa filiale 5C-Tech sur le soudage automatisé de la deuxième ligne du gazoduc Beineu-Bozoy-Shymkent. Auto1 a été tiré par une note acheteuse de Goldman Sachs, objectif 35 EUR, et termine la semaine sur un gain de 6,68%, en amont de sa journée investisseurs.

Le seul vrai revers s’est joué sur IONOS, en repli de 13,45%, dans un mouvement de prises de bénéfices brutales après avoir mené la performance de notre portefeuille la semaine précédente. Prosus a également pesé, en recul de 2,13%, après que BofA a abaissé ses prévisions de résultats en début de semaine, citant le redressement plus long que prévu de Just Eat Takeaway et la concurrence accrue au Brésil. La recommandation à l’achat reste toutefois maintenue.

Notre portefeuille USA a fait mieux que son indice de référence cette semaine, avec une hausse de +1,62%, contre +0,65% pour le S&P 500. Le marché américain a passé la semaine à arbitrer entre deux signaux qui se contrarient, une inflation de mai conforme aux attentes et un président qui promettait jeudi soir des frappes « très dures » contre l’Iran. La rotation s’est faite à l’intérieur de cette tension, en faveur des industriels et des dossiers de consommation où le récit reste lisible, contre un software américain qui prolonge sa correction.

Brinker International en a tiré le meilleur profit, le titre bondissant de 13,43% sur la semaine, dont 7,68% sur la seule séance de jeudi. Plusieurs analystes ont relevé leurs recommandations et le management a multiplié les commentaires positifs, alors que Chili’s, principal moteur du groupe, aligne désormais une vingtième séquence consécutive de croissance des ventes comparables.

La semaine appartient aussi à Teradyne, qui s’adjuge 12,65%. Le groupe a posé son décor en début de semaine avec l’annonce, conjointement à Tokyo Electron, d’une solution de test intégrée pour les composants d’IA et de centres de données, avant de décrocher deux jours plus tard un contrat de 139,9 MUSD auprès de l’US Air Force. Le titre s’est installé au c?ur du rebond du Philadelphia SE Semiconductor, aux côtés d’Amphenol, en progression de 10,80%, porté par Barclays qui a relevé son objectif à 198 USD.

A l’autre bout du portefeuille, ServiceNow recule de 9,16% et prolonge la descente entamée début juin, malgré l’annonce de deux partenariats structurants sur la semaine, avec Phenom sur les agents IA de recrutement, et avec IBM sur la modernisation des données d’entreprise. Chewy a cédé 6,44% au terme d’une publication « beat and lower » classique. Le distributeur a publié un premier trimestre légèrement au-dessus des attentes, mais a abaissé sa fourchette annuelle, et plusieurs analystes dont RBC, UBS et MoffettNathanson ont dégradé leur position dans la foulée.

Notre portefeuille Asie-Pacifique a baissé de 2,21% sur la semaine, contre -0,84% pour son indice de référence, le MSCI AC Pacific, avec de solides contributions de Weilong delicious Global, en hausse de 5,35% et CMOC Group, en hausse de 3,98%. Le portefeuille a été tiré vers le bas par la faible performance de Sumitomo Electric Industries qui lâche -15,68%, et Fujikura, en baisse de 10,34%.

Entre l’inflation américaine publiée le 10 juin et le repli du Brent sous la barre des 90 USD le vendredi 12 juin, les marchés mondiaux ont navigué à vue. Dans ce contexte instable, notre portefeuille Asie-Pacifique a opéré une rotation sectorielle radicale. Les investisseurs ont délaissé les infrastructures matérielles de la tech, proches de la saturation, pour se tourner vers la consommation domestique et les métaux stratégiques. Face aux incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient, la priorité a été de sécuriser les gains sur le « capex » technologique mondial au profit de valeurs de croissance locales, plus lisibles et tangibles.

En tête du classement, WEILONG Delicious Global Holdings (+5,35%) confirme la résilience de la consommation de base en Chine. Sa stratégie de prix bas séduit les ménages en période d’arbitrage budgétaire, tandis que Morgan Stanley réaffirme son optimisme avant la publication des résultats semestriels. Du côté des matières premières, les minières CMOC Group (+3,98%) et Sandfire Resources Limited (+2,85%) profitent des tensions sur l’offre de cuivre et de cobalt à Londres, soutenues par des rumeurs de restockage massif de la part de Pékin. Parallèlement, Singapore Exchange Limited (+3,86%) tire pleinement parti de la volatilité ambiante grâce à une forte hausse des volumes sur ses produits dérivés.

A l’inverse, le contrecoup est brutal pour les infrastructures électriques japonaises. Ce secteur subit de lourdes prises de bénéfices après un rallye historique lié aux besoins énergétiques des centres de données pour l’IA. Sumitomo Electric Industries (-15,68%) et Fujikura Ltd. (-10,34%) signent ainsi la pire performance de la semaine. Le courtier Nomura a jeté un froid en évoquant un ralentissement des commandes de câbles haute tension pour 2027, déclenchant des ventes massives chez les fonds macro. Dans leur sillage, NEC Corporation (-8,79%) entraîne toute la chaîne matérielle régionale dans sa pause. Les géants taïwanais TSMC (-2,33%) et Quanta Computer (-4,74%) consolident logiquement après avoir touché des sommets annuels, tandis que le groupe minier Zijin Mining (-4,73%) subit le repli technique des cours de l’or.

Fed, BoE, BoJ: le grand test monétaire de juin

La semaine financière s’annonce capitale. Les investisseurs suivront de près les verdicts de politique monétaire de trois grandes banques centrales. Pas de surprise anticipée en Occident. Un strict statu quo est fermement attendu de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque d’Angleterre (BoE). Les deux institutions devraient maintenir leurs taux directeurs respectifs à leur plateau actuel de 3,75%.

A l’inverse, la Banque du Japon (BoJ) s’apprête à bousculer les habitudes. L’institution devrait relever son taux d’intérêt de 25 points de base, pour le porter au seuil de 1%.Ce choix monétaire nippon sera aussitôt confronté à la réalité des faits. Deux indicateurs clés pour l’archipel sont attendus dans la foulée: la balance commerciale de mai et l’indice des prix à la consommation (IPC). Le calendrier sera d’autant plus dense que ces publications asiatiques coïncideront avec la diffusion des derniers chiffres de l’inflation au Royaume-Uni. L’évolution des prix britanniques s’avère déjà cruciale: elle sera déterminante pour « calibrer » les anticipations des marchés financiers en vue de la seconde moitié de l’année.

Côté société, GE Vernova évoluera mardi 16 juin avec un détachement de dividende de 0,5 USD par action. L’assemblée générale d’Okta se tiendra jeudi 18 alors que trois administrateurs de longue date quittent leurs fonctions. Aujourd’hui Weilong Delicious Global Holding a évolué sans dividendes et Nec corporation tiendra son assemblée générale vendredi.

Sur la scène internationale, tous les regards se tournent vers le G7 et la signature attendue, ce vendredi, d’un accord préliminaire entre les Etats-Unis et l’Iran. Les investisseurs semblent avoir déjà anticipé une résolution prochaine du conflit, comme en témoigne le cours du baril de Brent qui évolue désormais autour de 83 USD. Prudence toutefois: la moindre déconvenue pourrait doucher l’optimisme ambiant et fragiliser les actifs risqués.