L'accalmie à l'épreuve
La semaine dernière a placé les marchés face à un équilibre instable, entre détente géopolitique, durcissement monétaire et persistance des grands thèmes de marché. L’accord de paix annoncé entre les États-Unis et l’Iran a permis d’alléger la pression sur le pétrole, même si les séquelles de la fermeture du détroit d’Ormuz ne disparaîtront pas immédiatement. Cette décrue énergétique offre un répit bienvenu, mais elle ne suffit pas à effacer le risque inflationniste, tant la transmission des prix de l’énergie à l’indice des prix à la consommation reste historiquement élevée, avec un décalage dans le temps. C’est précisément ce risque qui a poussé l’ensemble des membres de la Réserve fédérale américaine à anticiper désormais une hausse des taux d’ici la fin de l’année, marquant l’abandon du biais accommodant des derniers mois. Le dollar a logiquement profité de cette fermeté et se trouve désormais sur un seuil technique et psychologique important, tandis que les marchés actions tentent d’absorber le message à l’approche d’un été souvent moins liquide et plus nerveux. Le soutien de la technologie et l’apaisement du dossier iranien ont toutefois permis de préserver l’appétit pour le risque.
Notre portefeuille Europe a progressé de 1,68% sur la semaine, contre 0,41% pour le STOXX Europe 600, porté notamment par les fortes hausses de Nordex, en progression de 19%, Friedrich Vorwerk, en hausse de 8,26%, et ABB, qui gagne 6,71%. Derrière cette surperformance, l’actualité européenne a été dominée par l’industrie, la défense, l’aéronautique et la technologie, avec une tonalité clairement orientée vers l’investissement productif et la souveraineté industrielle.
Dassault Aviation a franchi une étape importante avec le premier vol du Falcon 10X, réalisé depuis Bordeaux-Mérignac. L’appareil a volé deux heures et demie, atteignant 12 000 mètres d’altitude et Mach 0,82, lançant officiellement la campagne d’essais en vol. Deux autres avions d’essais doivent suivre, dont un équipé d’une cabine complète pour les tests de fiabilité et de fonctionnalité. Dans la défense, Renault poursuit son glissement vers des activités adjacentes à haute intensité industrielle. Le groupe produira avec Thales les munitions téléopérées Toutatis, avec un objectif de 1 000 unités par mois dès 2027. Le partenariat doit permettre de passer d’une production limitée à une cadence de masse, notamment grâce au moulage par injection plastique et à une réduction de 40% du nombre de pièces.
La technologie reste également en première ligne. Prosus a publié un chiffre d’affaires supérieur à 7,3 milliards USD pour son exercice clos fin mars, avec plus de 1,1 milliard USD d’Ebitda ajusté dans son pôle Ecosystème. Le groupe souligne que chacun de ses écosystèmes est désormais profitable. Intesa Sanpaolo, de son côté, a indiqué avoir investi plus de 10 milliards EUR dans l’IA depuis 2022, tout en réaffirmant son engagement sur l’emploi, la formation et le recrutement. Dans les semi-conducteurs, ASM International et ASML profitent d’un relèvement des perspectives liées aux dépenses d’investissement dans l’IA. UCB a, en revanche, reculé après la dégradation de Barclays, qui pointe des dépenses de R&D et de développement commercial pesant sur l’Ebitda à court terme.
Notre portefeuille USA a avancé de 0,92% sur la semaine, pratiquement en ligne avec le S&P 500, en hausse de 0,93%, avec des contributions marquantes de GE Vernova, qui gagne 17,97%, Teradyne, en progression de 8,61%, et Instacart, en hausse de 8,01%. La semaine américaine a combiné signaux macroéconomiques contrastés, poursuite de la thématique IA et mouvements d’entreprise significatifs.
Sur le plan macroéconomique, le dollar a repris de la vigueur en fin de semaine, notamment face au yen, tandis que les opérateurs restaient prudents sur la matérialisation définitive de l’accord entre Washington et Téhéran. Le Brent a reflué à 88,76 USD, aidé par l’espoir d’une réouverture du détroit d’Ormuz. Les prix à la production américains ont progressé plus que prévu en mai, avec leur plus forte hausse annuelle depuis trois ans et demi, mais les détails ont été mieux accueillis : le PPI sous-jacent, plus pertinent pour l’inflation core PCE suivie par la Fed, est ressorti à 4,9% sur un an, sous les 5,4% attendus. Les anticipations de marché ont ainsi repoussé à décembre le calendrier de la prochaine hausse de taux, avec une probabilité de 63,3% d’un statu quo lors de la réunion des 27 et 28 octobre.
Côté entreprises, CME Group prépare une transition historique : Terry Duffy quittera la direction générale pour devenir président exécutif, tandis que Lynne Fitzpatrick deviendra la première femme à diriger le groupe. Dell Federal Systems a remporté un contrat de 1,44 milliard USD auprès de l’US Air Force pour le renouvellement d’un accord de licence Microsoft. IBM et ServiceNow ont élargi leur partenariat afin d’accélérer la modernisation des infrastructures de données et le déploiement de l’IA agentique. Newmont a annoncé plusieurs nominations stratégiques à compter du 1er juillet 2026, dont Brian Tabolt comme directeur financier. Chewy, enfin, a abaissé ses prévisions de chiffre d’affaires 2026, sous l’effet d’un environnement de consommation plus difficile dans les animaux de compagnie, tout en maintenant ses objectifs d’Ebitda.
Notre portefeuille Asie-Pacifique a progressé de 4,48% sur la semaine, contre 4,64% pour le MSCI AC Pacific, avec des performances remarquables de Sumitomo Electric, en hausse de 22,93%, Fujikura, en progression de 21,26%, et Ebara, qui gagne 19,14%. La région a été dominée par deux thèmes étroitement liés: la puissance de la demande liée à l’IA et la recomposition des chaînes d’approvisionnement technologiques.
Fujikura a livré le signal le plus spectaculaire. Le groupe japonais a fortement relevé ses prévisions pour l’exercice clos le 31 mars 2027, portant son bénéfice net attribuable attendu de 156 milliards JPY à 229 milliards JPY. Le bénéfice net par action est désormais anticipé à 138,31 JPY, contre 94,22 JPY précédemment, tandis que le chiffre d’affaires net attendu passe de 1 243 milliards JPY à 1 462 milliards JPY. Pour le premier semestre, le bénéfice attribuable est presque doublé, à 128 milliards JPY, contre 67 milliards JPY auparavant. Cette révision s’explique par des commandes imprévues de composants optiques de la part des hyperscalers, par des hausses de prix et par l’atténuation des pénuries d’hydrogène qui avaient affecté la production.
Le message dépasse le seul cas Fujikura. Il confirme que la demande d’infrastructures IA reste un puissant moteur pour les équipementiers et fournisseurs spécialisés, jusque dans les segments les plus techniques de la chaîne de valeur. Dans le même esprit, TSMC a annoncé un accord de dix ans avec Amkor Technology afin de renforcer les capacités de conditionnement avancé de semi-conducteurs en Arizona. Le partenariat doit permettre à TSMC de s’approvisionner en services de conditionnement et de test avancés, dans un modèle opérationnel plus intégré. À mesure que la demande accélère dans le calcul haute performance, l’IA et l’électronique de pointe, le conditionnement avancé devient un facteur critique de performance et d’intégration système. La semaine asiatique confirme ainsi le poids central de la région dans les flux industriels liés à l’IA, même lorsque les investissements physiques se déploient aux États-Unis.
L’IA, l’inflation et Micron au banc d’essai
La semaine s’est ouverte sur un marché qui a retrouvé un certain calme, mais pas une pleine visibilité. Les États-Unis ont terminé la semaine précédente sur un bilan positif malgré une semaine raccourcie à quatre séances, le durcissement du message de la Fed et la première sortie officielle très suivie de Kevin Warsh. L’accord de principe entre Washington et Téhéran a détendu l’atmosphère et soutenu une nouvelle fois les semi-conducteurs, mais les prochains jours diront si ce répit peut se transformer en moteur durable ou s’il ne constitue qu’une respiration tactique.
Le rendez-vous central sera jeudi. La veille au soir, Micron publiera ses résultats trimestriels, attendus comme un indicateur majeur pour l’écosystème IA. Dans un marché où la demande en infrastructures numériques irrigue déjà les semi-conducteurs, les composants optiques, le cuivre et les équipements de production, cette publication aura une portée dépassant largement le seul dossier Micron. Elle viendra tester l’ampleur réelle de la dynamique IA et la capacité des entreprises exposées à convertir cette demande en chiffre d’affaires, en profitabilité et en visibilité.
Jeudi après-midi, l’attention basculera vers la macroéconomie américaine avec une salve dense d’indicateurs : revenus et dépenses des ménages, commandes de biens durables, inflation PCE et dernière estimation du PIB américain du premier trimestre. Ces données seront décisives pour apprécier la cohérence du message de la Fed avec l’état réel de l’économie. L’agenda microéconomique sera également fourni, avec Alimentation Couche-Tard, FedEx, Carnival Corporation, Bunzl, Hennes & Mauritz, OVH Groupe et Paychex. Entre consommation, transport, distribution, logiciels et IA, la semaine à venir offrira un panorama utile des tensions et des relais encore disponibles pour les marchés.