Les marchés ont choisi leur récit
La semaine dernière a une nouvelle fois confirmé la capacité des marchés actions à progresser dans un environnement pourtant chargé de risques. La fermeture du détroit d’Ormuz, la tension sur les rendements obligataires et le retour des craintes inflationnistes ont d’abord pesé sur les indices, avant que la baisse du pétrole ne vienne modifier la lecture des investisseurs. Les États-Unis et l’Iran se rapprochent d’un accord susceptible de fluidifier à nouveau le transit maritime. Le conditionnel reste essentiel, tant les divergences demeurent, notamment sur l’uranium, mais la prime de risque pétrolière s’est clairement dégonflée.
Ce reflux a aussi permis une détente obligataire, le rendement américain à 10 ans revenant de 4,6% à 4,48%. Pour autant, le fond du tableau reste délicat. L’inflation atteint 3,8% aux États-Unis et dépasse désormais 3% en Europe, tandis que le taux réel à 1 mois est repassé en territoire négatif aux États-Unis, à -1,11%. Certaines banques centrales envisagent donc non plus un assouplissement, mais un resserrement d’ici la fin de l’année.
Les actions ont pourtant conservé leur élan. Wall Street reste portée par l’intelligence artificielle, avec un S&P 500 en hausse pour une huitième semaine consécutive et désormais en progression de 9,2% depuis le début de l’année. Mais la concentration devient extrême : les dix premières capitalisations représentent plus de 40% de l’indice. Dans ce marché qui grimpe malgré les inquiétudes, la sélectivité redevient centrale.
Notre portefeuille Europe a progressé de 2.89% sur la semaine, contre 3.18% pour son indice de référence, le STOXX Europe 600, avec une contribution notable d’Auto1 Group, ainsi que les fortes hausses d’ASML (7.84%) et d’Euronext (7.79%). L’Europe a évolué dans un climat mêlant soulagement tactique et compromis stratégique. L’accord commercial avec les États-Unis a permis d’éviter une nouvelle escalade tarifaire, mais au prix de concessions importantes. Bruxelles s’engage à éliminer les droits de douane sur les biens industriels américains et à ouvrir davantage son marché à certains produits agroalimentaires et de la mer, tandis que Washington plafonne à 15% la plupart des droits appliqués aux exportations européennes, notamment dans l’automobile, les semi-conducteurs et la pharmacie.
Sur le plan microéconomique, Euronext a livré l’une des publications les plus solides de la semaine. Le chiffre d’affaires du premier trimestre atteint 514 M EUR, en hausse de 15%, tandis que le résultat avant impôt progresse de 16% à 283 M EUR. La marge d’EBITDA ajusté ressort à 64,8%, au sommet du secteur, grâce à la vigueur des marchés actions, à la volatilité et au maintien d’une discipline stricte sur les coûts.
ASML a, de son côté, bénéficié d’un regain d’intérêt marqué. UBS a réintégré le titre comme valeur préférée du secteur, relevant son objectif à 1 900 EUR, dans un contexte de marché mondial des semi-conducteurs tendu. Ailleurs, Renault a levé 159 milliards JPY via obligations samouraï, Iberdrola a signé un PPA de dix ans avec Gonvarri Industries, tandis qu’Indra et Cohere ont renforcé leur coopération dans l’IA souveraine.
Notre portefeuille USA a gagné 3.20% sur la semaine, contre 0.88% pour le S&P 500, porté notamment par Dell Technologies (21.98%), Okta (11.44%) et ServiceNow (7.43%). Aux États-Unis, le contraste reste saisissant entre la vigueur du thème technologique et la fragilisation progressive de certains indicateurs domestiques. Les impayés de plus de 90 jours atteignent leur plus haut niveau depuis 2010, avec des défauts proches de 15% sur les cartes bancaires et au-dessus de 5% sur les financements automobiles, signe d’une pression croissante sur les ménages.
La semaine a aussi été marquée par la prise de fonctions de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine, dans un contexte particulièrement tendu. L’inflation repart à la hausse, les taux longs restent élevés et la question d’un relèvement des taux en 2026 revient dans le débat, à rebours de l’objectif initial de Donald Trump, qui souhaitait une Fed plus accommodante.
Dans les entreprises, Dell a concentré l’attention. Morgan Stanley anticipe des résultats de court terme très solides, soutenus par les serveurs d’IA et l’anticipation des dépenses des grands comptes, tout en restant plus prudent pour le second semestre. Le groupe a présenté PowerStore Elite, nouvelle plateforme de stockage pilotée par l’IA, ainsi qu’une série d’innovations dans le calcul, la cyber-résilience et l’automatisation. Okta a également bénéficié d’une dynamique favorable, avec un potentiel de dépassement de 1% à 2% sur les revenus attendus du premier trimestre fiscal. Enfin, Nvidia a publié des résultats exceptionnels, mais le titre a reculé, rappelant que les attentes sur l’IA sont désormais considérables.
Notre portefeuille Asie-Pacifique a reculé de -1.11% sur la semaine, contre une hausse de 1.00% pour le MSCI AC Pacific, malgré les progressions de Sumitomo Electric (7.65%) et Singapore Exchange (6.01%), tandis que JD Health International (-10.14%) et Fujikura (-16.65%) ont pesé sur la performance. La région a offert une lecture contrastée, entre soutien structurel de l’intelligence artificielle et prudence face aux tensions obligataires et géopolitiques.
En Chine continentale et à Hong Kong, les marchés ont rebondi mardi, soutenus par les semi-conducteurs et les valeurs liées à l’IA. Le CSI 300 a gagné 0,4%, le Shanghai Composite 0,9% et le Hang Seng 0,5%, les investisseurs profitant du repli récent pour revenir sur les infrastructures technologiques. Julius Baer a maintenu sa recommandation de surpondération sur la Chine, tout en soulignant que le marché espérait davantage de résultats concrets après la visite de Donald Trump. Sur le terrain diplomatique, Xi Jinping a reçu Vladimir Poutine à Pékin, confirmant la place centrale de la Chine, même si le projet Force de Sibérie 2 n’a pas avancé.
Au Japon, Fujikura a pourtant dévoilé un plan d’investissement massif, avec jusqu’à 260 milliards JPY consacrés à l’expansion de sa production de câbles à fibre optique aux États-Unis et 40 milliards JPY au Japon. Le groupe vise 1 600 milliards JPY de chiffre d’affaires et 315 milliards JPY de bénéfice d’exploitation à l’exercice clos en mars 2029. En Australie, les banques ont déçu, Morgan Stanley abaissant de 4% ses prévisions de bénéfice net par action 2027. Enfin, UBS a relevé ses hypothèses de prix du cuivre, soutenues par les véhicules électriques, les réseaux, les centres de données et une offre contrainte.
À surveiller : PCE américain, inflation européenne et résultats IA
Après une séquence dominée par les à-coups du pétrole, la détente des rendements et l’enthousiasme persistant autour de l’intelligence artificielle, les investisseurs continueront de surveiller le détroit d’Ormuz et la capacité des négociations entre Washington et Téhéran à confirmer le recul de la prime de risque énergétique.
Sur le plan macroéconomique, deux rendez-vous américains concentreront l’attention jeudi : la seconde estimation de la croissance du premier trimestre et l’inflation de base PCE d’avril. Ces données seront scrutées à l’aune du changement de régime à la Réserve fédérale, Kevin Warsh prenant ses fonctions dans un contexte où le marché n’écarte plus un durcissement monétaire.
En Europe, les premières estimations d’inflation de mai en Allemagne et en France, attendues vendredi, permettront de mesurer si la hausse des prix de l’énergie commence à contaminer plus largement les anticipations.
L’agenda microéconomique restera dominé par l’IA. Marvell, Salesforce et Dell publieront leurs résultats, trois dossiers susceptibles de tester la solidité du thème qui a soutenu Wall Street ces dernières semaines. Dell sera particulièrement suivi après la forte progression du titre et les attentes élevées autour des serveurs d’IA. Le marché abordera ainsi la semaine avec une équation familière : vérifier que les promesses technologiques peuvent encore absorber les tensions venues du pétrole, des taux et de l’inflation.
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