La semaine dernière a concentré les tensions qui dominent désormais les marchés: une crise énergétique qui dure, des banques centrales plus inquiètes et une saison de résultats dominée par les grands groupes technologiques américains. Les places financières ont évolué dans un climat de nervosité, pénalisées par la remontée du pétrole et par l'absence d'avancées significatives au Moyen-Orient. Le détroit d'Ormuz reste paralysé par le blocus iranien et américain, tandis que la diplomatie demeure dans l'impasse. Les deux camps semblent miser sur le temps pour forcer l'autre à faire des concessions, ce qui entretient une incertitude lourde sur les flux énergétiques, les coûts logistiques et les anticipations d'inflation.
Par Tommy Douziech, Analyste Senior
Quand l’IA soutient les résultats et défie la macro
Les banques centrales ont répondu par la prudence. Fed, BCE, Banque d’Angleterre et Banque du Japon ont toutes maintenu leurs taux inchangés, mais leur discours a intégré plus clairement le risque d’un retour des pressions inflationnistes. Aux États-Unis, la dernière réunion de Jerome Powell comme président de la Fed a marqué un tournant, avec quatre votes dissidents, un biais accommodant retiré du communiqué et une institution moins consensuelle face aux risques opposés qui pèsent sur l’inflation et l’emploi. Cette fragmentation du débat monétaire intervient alors que les marchés actions continuent de s’appuyer sur la puissance des grandes valeurs technologiques.
Les investisseurs semblent déjà valoriser un scénario d’apaisement, alors que l’économie réelle n’en voit pas encore les effets. La logistique énergétique a son inertie, les coûts restent sous pression et les marchés paient toujours très cher la promesse de l’intelligence artificielle. Les résultats des hyperscalers ont donc servi de test central : confirmer que l’IA n’est pas seulement un récit d’investissement, mais un moteur capable de soutenir les bénéfices.
En Europe, notre portefeuille a progressé de 0,55% sur la semaine, contre 0,26% pour son indice de référence, le STOXX Europe 600, porté notamment par Indra Sistemas, en hausse de 2,37%, Maire, en progression de 6,88%, et Nordex, qui a gagné 7,97%. Le marché européen reste pourtant moins favorisé que le marché américain. La zone euro subit plus directement le choc énergétique, la confiance des ménages est tombée à son plus bas niveau depuis début 2023, les coûts d’intrants se tendent et l’Allemagne a ramené sa prévision de croissance annuelle à 0,5%. Dans cet environnement, les publications ont surtout permis de distinguer les sociétés capables de défendre leur trajectoire opérationnelle.
Deutsche Boerse a ouvert la séquence sur des bases solides, avec un produit net bancaire de 1,64 Md EUR, un EBITDA de 1,01 Md EUR et un bénéfice net de 614 M EUR. La volatilité géopolitique a dopé les volumes de négociation, tandis que l’IA contribue aux gains d’efficacité et au levier opérationnel. Iberdrola a également dépassé les attentes, avec un bénéfice net ajusté de 1,87 Md EUR, en hausse de 11%, porté par la croissance des réseaux et une RAB en progression de 8%. Indra a confirmé sa dynamique dans la défense et la gestion du trafic aérien, avec un chiffre d’affaires de 1,33 Md EUR, un EBIT de 118 M EUR et un carnet de commandes porté à 20,3 Md EUR. Maire a rassuré avec un EBITDA de 131,2 M EUR et un bénéfice net de 76,7 M EUR, tout en confirmant la poursuite de ses projets au Moyen-Orient. Novartis a publié des ventes conformes, mais un résultat opérationnel core inférieur au consensus, pénalisé par Entresto et l’immunologie.
Aux États-Unis, notre portefeuille a reculé de 0,73% sur la semaine, contre une progression de 0,91% pour le S&P 500, malgré la forte hausse d’Alphabet, en gain de 11,95%, et de Brinker International, en progression de 6,83%, tandis que Newmont a pesé avec une baisse de 10,01%. Le marché américain conserve un avantage clair : ses grandes entreprises restent très profitables, les marges nettes du S&P 500 évoluent sur des niveaux élevés et la croissance bénéficiaire demeure portée par la technologie, les semi-conducteurs et l’énergie. Mais cette force a un prix. Les valorisations exigent que les publications continuent de surprendre favorablement.
Côtés publications, Universal Health Services a dépassé les attentes, avec un bénéfice ajusté de 5,62 USD par action et un chiffre d’affaires de 4,5 Md USD, porté par la santé comportementale. ResMed a publié un trimestre solide, avec 1,43 Md USD de revenus, un BPA ajusté de 2,86 USD et une marge brute non-GAAP de 62,8%, malgré une réaction boursière négative liée aux incertitudes sur les GLP-1. Amphenol a guidé au-dessus des attentes grâce aux centres de données IA. Brinker a confirmé ses perspectives, avec un BPA non-GAAP 2026 désormais attendu entre 10,60 USD et 10,85 USD.
En Asie-Pacifique, notre portefeuille a reculé de 2,25% sur la semaine, contre une hausse de 0,49% pour le MSCI AC Pacific, avec une bonne tenue de Weilong Delicious Global, en hausse de 3,37%, mais une forte baisse de CATL, qui a cédé 12,52%. La région est restée en retrait dans une semaine dominée par les banques centrales occidentales, les tensions à Ormuz et les publications technologiques américaines. La Banque du Japon a maintenu ses taux inchangés, mais le message global des grandes banques centrales reste le même : tant que l’énergie entretient le risque inflationniste, la normalisation monétaire devient plus difficile à piloter.
Les publications asiatiques citées ont pourtant été de bonne facture. DBS Group a dégagé un bénéfice net de 2,93 Md SGD au premier trimestre, en hausse de 1%, contre 2,90 Md SGD un an plus tôt. Le produit net bancaire a progressé de 1% à 5,95 Md SGD et le BPA a atteint 4,17 SGD. La banque a annoncé un dividende intérimaire one-tier de 0,0066 SGD par action, complété par un dividende de retour de capital de 0,0015 SGD par action, avec un paiement attendu autour du 20 mai. Le titre a réagi positivement, en hausse de près de 4% lors de la séance de jeudi.
La semaine qui débute s’ouvre sur une question simple : les marchés peuvent-ils continuer à avancer comme si l’apaisement était déjà en marche, alors que les preuves restent fragiles ? Le lancement de Project Freedom par les États-Unis sera suivi de près. L’armée américaine doit escorter des navires dans le détroit d’Ormuz, avec un dispositif comprenant navires, jets de combat, drones et environ 15 000 hommes. L’enjeu est majeur, car une normalisation diplomatique ne suffirait pas à rétablir instantanément les flux physiques.
Sur le plan macroéconomique, le rendez-vous décisif sera la publication vendredi des chiffres de l’emploi américain d’avril. Ces données seront lues à travers le nouveau régime de la Fed : moins de consensus, plus de dissensions et une tension persistante entre stabilité des prix et risque de ralentissement. Un marché du travail trop robuste pourrait raviver les craintes inflationnistes, tandis qu’un affaiblissement plus net renforcerait les doutes sur la consommation américaine. Mardi, la décision de la Banque d’Australie sur ses taux apportera un signal complémentaire, même si son influence sur les marchés mondiaux sera plus limitée.
La saison des résultats restera dense. Aux États-Unis, Palantir, AMD et Walt Disney seront particulièrement suivis, entre monétisation de l’IA, dynamique des semi-conducteurs et vigueur de la demande finale. En Europe, Unicredit, AB Inbev, Novo Nordisk, AXA et Engie rythmeront la semaine. Après les hyperscalers, le marché devra vérifier si les publications peuvent élargir la hausse à d’autres secteurs, ou si le mouvement reste trop dépendant de quelques grandes valeurs technologiques. Le fil conducteur demeure inchangé : les actifs risqués ont déjà intégré beaucoup d’amélioration, alors que l’économie réelle attend encore des preuves.
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