L’acronyme TACO, pour «Trump Always Chicken Out », a émergé à l’été 2024 pour évoquer les revirements du candidat républicain au cours de la campagne, en particulier sur la question du débat face à son adversaire démocrate.

Par Enguerrand Artaz, Stratégiste et et Michel Saugné, CIO

 

Enguerrand Artaz

Il a ensuite largement gagné en popularité auprès des investisseurs l’année suivante, pour qualifier les nombreux rétropédalages du président américain notamment sur la hausse des tarifs douaniers. Le «TACO trade» est ainsi peu à peu devenu un gimmick. En somme, tout stress sur les marchés causé par une action ou une déclaration de Donald Trump finirait tôt ou tard par entraîner une reculade de sa part, ouvrant ainsi la voie à un rebond des actifs risqués. Cette logique a parfaitement fonctionné pendant toute l’année 2025, alimentant le réflexe de «Buy the dip» – acheter la baisse –, très populaire en particulier chez les investisseurs particuliers.

Dans le cadre du conflit iranien, cette logique est encore partiellement à l’œuvre mais la mécanique semble cassée. Après avoir menacé, au cours du week-end du 21-22 mars, de détruire les infrastructures énergétiques iraniennes si le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert sous 48 heures, le président américain a annoncé, le lundi 23 mars, une extension de 5 jours du délai de réouverture, invoquant des « discussions très productives ». Sur cette annonce, les contrats à terme sur les marchés américains ont gagné jusqu’à 4% en quelques minutes… puis ont reperdu tout ce terrain au cours des 3 jours qui ont suivi. Jeudi 26 mars, Donald Trump repoussait à nouveau l’échéance de sa menace, de 10 jours cette fois, « à la demande du gouvernement iranien » selon ses termes. Cette fois, les contrats à terme sur le S&P 500 ne gagnaient qu’un peu plus de 1%, puis effaçaient cette hausse en quelques heures.

Michel Saugné

Cet essoufflement du «TACO trade» n’a rien de surprenant au fond. Les investisseurs se rendent simplement à une évidence qui semble encore échapper au locataire de la Maison-Blanche: dans cette histoire, contrairement à l’épisode des droits de douane, il n’est plus le seul décisionnaire. En parallèle des affirmations de Donald Trump selon lesquelles «les discussions se passent très bien», l’Iran et Israël continuent d’échanger des tirs de missiles, la tension s’accentue au sein des autres pays du Golfe et, surtout, le détroit d’Ormuz reste largement impraticable. Or, c’est bien là le cœur du sujet. Peu importe les reculades du président américain sur sa menace envers les infrastructures iraniennes et son assurance que les négociations se déroulent au mieux : seule une réouverture officielle du détroit d’Ormuz permettra de soulager les marchés.

Et le temps presse. Chaque jour supplémentaire de fermeture du détroit accentue le risque de saturation des capacités de stockage de pétrole dans le Golfe et, par ricochet, celui d’arrêts de production en cascade. L’Irak est déjà confronté à cette situation. La production des champs pétrolifères du sud du pays a chuté à environ 800’000 barils/jours, contre plus de 4 millions avant le début du conflit, alors que les niveaux de stockage atteignent des limites critiques. La situation commence à se tendre aussi au Koweït, comme en témoigne la récente annonce de baisse de production de la société d’Etat Kuwait Petroleum Corporation. Si les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite disposent à court terme d’un peu plus de capacité de contournement via leurs oléoducs, cela ne sera pas suffisant à long terme, d’autant que le contournement par la mer Rouge est également à risque, avec l’augmentation des menaces d’attaques par les alliés houthis de l’Iran.

Le «TACO trade» se heurte aujourd’hui à la réalité physique, les volte-face de Donald Trump s’avérant impuissantes face à l’engorgement des stocks et aux ruptures de production. Pour les investisseurs, la stratégie doit radicalement changer: il ne s’agit plus de parier sur la psychologie du président américain, mais bel et bien de regarder la réalité des flux d’hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient. En gardant à l’esprit que l’horloge tourne.

 

Rédaction achevée le 27.03.2026

 

«Trump Always Chicken Out » : Qu’on peut traduire par « Trump se dégonfle toujours ».


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