L’opération «Epic Fury» lancée par les Etats-Unis et Israël à l’encontre du régime iranien a rebattu les cartes sur les marchés financiers.
Par Enguerrand Artaz, Stratégiste et et Michel Saugné, CIO

L’Europe, perçue comme plus à risque face à une remontée des prix de l’énergie, a vu disparaître la surperformance que son marché actions avait enregistrée depuis le début de l’année. S’ils sont toujours en tête, les marchés émergents ont perdu de leur superbe, notamment en Asie, continent le plus dépendant du transit par le détroit d’Ormuz. Les taux d’intérêts, qui étaient orientés à la baisse sur fond de bonnes surprises sur les derniers chiffres d’inflation des deux côtés de l’Atlantique, se sont nettement tendus. Cela matérialise les craintes d’un retour inflationniste lié aux prix de l’énergie. A contrario, les Etats-Unis, moins en vogue ces derniers mois, ont résisté au stress tandis que le dollar s’est fortement réapprécié. Les conséquences de la situation en Iran sur l’économie et les marchés demeurent pour le moment très incertains, tant elles dépendront de la durée et de l’intensité du conflit.
Toutefois, derrière ces mouvements brutaux et cette incertitude géopolitique accrue, l’environnement économique s’améliore. Côté américain, les dernières données d’enquête pointent une nette amélioration du moral des entreprises. Un grand nombre indique avoir digéré le sujet des tarifs douaniers. En parallèle, la dynamique des bénéfices par action dessine l’image d’une croissance en train de s’étendre au-delà du seul secteur technologique. L’emploi demeure certes une zone de fragilité importante, les derniers chiffres étant faibles et parfois contradictoires. Des signes de stabilisation tendent toutefois à apparaître dans l’emploi le plus cyclique, ce qui pourrait être le prélude à une réaccélération. Cela favoriserait la consommation des ménages le plus dépendants des revenus du travail, atténuant ainsi le phénomène de croissance «K». Alors que les dépenses massives devraient se poursuivre dans l’IA, modifiant la perception qu’ont les investisseurs des grandes valeurs technologiques – moins abondantes en trésorerie et moins généreuses avec l’actionnaire –, ce contexte favoriserait une poursuite de la rotation à l’œuvre depuis le début de l’année. Celle-ci pourrait impacter positivement les segments les moins prisés des dernières années, notamment les petites et moyennes valeurs de qualité.

Côté européen, la situation est différente mais non moins positive. Le sentiment des entreprises, bien qu’encore modéré, est également bien orienté. Les investissements découlant des plans de dépenses allemands se matérialisent, les perspectives sur l’emploi se stabilisent et repartent même légèrement à la hausse tandis que la production industrielle et la construction se redressent. Même le sentiment des consommateurs paraît s’améliorer: le taux d’épargne est reparti à la baisse, y compris en France, tandis que le volume des ventes au détail poursuit sa progression. A l’image des marchés américains, cet environnement est bénéfique pour un rattrapage des petites et moyennes valeurs et favorise un positionnement procyclique.
Bien entendu, une aggravation majeure et un enlisement du conflit en Iran sont susceptibles de remettre en cause ce panorama. Il est toutefois important de noter que ces événements interviennent dans un contexte d’économie mondiale capable de supporter des chocs. C’est d’ailleurs le cas, en particulier, sur la question inflationniste. Il faut ainsi se souvenir que l’envolée des prix due au conflit russo-ukrainien est intervenue dans un contexte où l’inflation était déjà élevée – 7,5% aux Etats-Unis, 6% en Europe -, le marché du travail tendu et l’inflation salariale très forte, conséquence des disruptions liées au Covid. La situation actuelle est très différente, avec une inflation normalisée et toujours en légère décélération conjuguée à un marché du travail nettement plus souple. A cet égard aussi donc, l’économie mondiale est capable d’être résiliente. Pour les investisseurs, il s’agit d’un point crucial à garder en tête pour éviter toute réaction exacerbée.
Rédaction achevée le 06.03.2026
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